Le jour par jour

1766   22 avril  

Germaine de Staël

  Anne-Louise Germaine Necker, baronne de Staël-Holstein, connue sous le nom
  de Madame de Staël
  Femme de lettres française
  Née à Paris le 22 avril 1766
  Décédée à Paris le 14 juillet 1817
 
  Fille du banquier genevois Jacques Necker, ministre de Louis XVI, et de la Vaudoise
  Suzanne Curchod, elle est élevée dans un milieu d’intellectuels, qui fréquentent
  notamment le salon de sa mère (Buffon, Marmontel, Grimm, Edward Gibbon, l’abbé Raynal
  et Jean-François de La Harpe). Elle épouse en 1786 le baron Erik Magnus de
  Staël-Holstein (1749-1802), ambassadeur de Suède, son aîné de dix-sept ans. Madame de
  Staël mène une vie sentimentale agitée, et entretient en particulier une relation
  orageuse avec Benjamin Constant, écrivain et homme politique franco-suisse, rencontré
  en 1794.
 
  Sa réputation littéraire s’affirme avec trois ouvrages :
 
  Lettres sur les ouvrages et le caractère de Jean-Jacques Rousseau (1788),
  De l’influence des passions sur le bonheur des individus et des nations (1796),
  De la littérature considérée dans ses rapports avec les institutions sociales (1800)
  Chassée de France par Napoléon Bonaparte qui la considère comme une redoutable
  intrigante, elle s’installe dans le château familial de Coppet d’où elle fait paraître
  Delphine (1802), Corinne ou l’Italie (1807) et De l’Allemagne (1810/1813[1]).
 
  Veuve en 1802, elle se remarie en 1811 avec un jeune officier suisse, Albert de Rocca,
  et rouvre son salon parisien sous la Restauration. Elle meurt en 1817 peu de temps
  après l’attaque de paralysie qui la terrasse durant un bal chez le duc Decazes,
  laissant inachevées ses Considérations sur les principaux événements de la Révolution
  française, ouvrage posthume publié en 1818.

La biographie de Madame de Staël

Jeunesse

Le protestantisme qui lui a été enseigné est une forme spontanément rousseauiste, tant il reflète la mentalité du temps, enseignement conçu comme religion du cœur alliée à la vertu, relation de l’homme à Dieu autant qu’institution sociale où les Lumières et la religion n’étaient pas contradictoires. De ce point de vue, celle qui est encore Mademoiselle Necker appartient à la Suisse romande. Le goût de la vie sociale parisienne et l’intérêt de sa famille pour la politique la lie cependant davantage à la France. Très jeune, à quatorze ans à peine, elle tient son cercle et sait converser avec les hôtes du salon de sa mère. Elle a appris l’anglais et le latin, l’art de la danse et la musique, la récitation et la diction, est souvent allée au théâtre. Tout fait d’elle une jeune fille différente par son érudition et sa culture des jeunes filles de son milieu, élevées de façon plus traditionnelle, qui étonne ses contemporains par la vivacité de son intelligence.

Le prestige de son père lui ouvre les portes de ce que l’Europe compte à la fois d’aristocrate et d’éclairé. Ses parents ne veulent pas d’un gendre catholique, mais il y a fort peu de protestants dans la noblesse française. Et les amis suisses qu’ils fréquentent sont tenus pour trop provinciaux. Des prétendants aux noms prestigieux sont avancés : Axel de Fersen, ambassadeur de Suède, Monsieur de Mecklembourg, Louis de Narbonne qui devient un de ses amants par la suite, et même William Pitt (mais elle n’en veut pas), sont parmi les plus connus. Finalement, le baron de Staël-Holstein, ambassadeur de Suède, de dix-sept ans son aîné, l’emporte. S’étant porté candidat alors qu’elle n’a que treize ans, il sait attendre, et leur mariage est célébré dans la chapelle luthérienne de l’ambassade de Suède. De lui elle a quatre enfants : Gustavine (1787 – 1789), Auguste (1790 – 1827), Albert (1792 – 1813) et Albertine, future duchesse de Broglie (1797 – 1838).

Jeune femme

Ce mariage arrangé n’est pas un mariage d’amour, pas même un mariage heureux, et la jeune femme cherche ailleurs un bonheur qu’elle n’a pas. Sa vie entière est d’ailleurs une quête perpétuelle d’un bonheur, qu’elle ne trouve guère.

À la suite de sa mère, elle ouvre un salon, où elle reçoit les représentants d’une nouvelle génération professant les idées neuves qui sont proches des siennes, contemporains de la guerre d’Indépendance en Amérique, qui y ont participé parfois d’ailleurs — La Fayette, Noailles, Clermont-Tonnerre, Condorcet, et les trois hommes qu’elle aime le plus à cette époque : Louis de Narbonne, sa première grande passion, Mathieu de Montmorency, l’ami de toute sa vie, Talleyrand, le traître à l’amitié.

La Révolution

Voyant dans l’Angleterre la meilleure expression de la démocratie, lectrice passionnée de Rousseau, marquée par les idées des Lumières, elle accueille favorablement la Révolution et, le 5 mai 1789, elle assiste à l’ouverture des États généraux. Cependant, à partir de 1792, sa situation devient difficile. Soutenant l’idée de la monarchie constitutionnelle, elle se coupe tant des républicains que des aristocrates, et doit bientôt s’exiler en Angleterre, en 1793, où elle séjourne quelques mois avec les amis qui fréquentaient son salon. Sa vie est par la suite souvent marquée par l’exil.

Revenue en France après Thermidor, elle publie en septembre Réflexions sur le procès de la Reine, prenant la défense de Marie Antoinette, l’expression de ses idées sur les misères d’une condition féminine dénoncées en la circonstance, dont elle ne se sépare plus; les Réflexions sur le procès de la Reine sont davantage un plaidoyer pour les femmes, c’est à elles qu’elle s’adresse. Désormais, elle fait publier elle-même ses œuvres littéraires, rejetant d’une part le merveilleux et l’allégorique des conteuses d’antan, ainsi que le roman historique et le décor antique, mettant en scène, d’une manière moderne pour l’époque, les caractères et les conditions sociales de son temps.

Napoléon

Elle rencontre le 3 janvier 1798 le général Bonaparte, lors d’une entrevue ménagée par Talleyrand. Elle voit en lui un libéral qui ferait triompher le véritable idéal de la Révolution; elle le rencontre plusieurs fois par la suite; impressionnée, elle l’assaille de questions : « — Général, quelle est pour vous la première des femmes ? — Celle qui fait le plus d’enfants, Madame » lui aurait-il répondu.

Madame de Staël perd ses illusions après le coup d’État du 18 Brumaire et la promulgation de l’an VII. Beaucoup doivent commencer à vivre dans la clandestinité, et c’est dans l’interdit qu’elle continue son œuvre de philosophie politique. Plutôt que se réfugier dans le silence, elle publie les romans qui lui valent une grande célébrité, mais elle commence aussi un exil qui ne ferait que s’accentuer.

L’exil

En 1803, l’exemple de Madame de Staël, éloignée de Paris dont elle ne doit pas s’approcher de moins de « quarante lieues », est représentatif du combat inégal, que peuvent se livrer le pouvoir absolu et l’individualité d’un écrivain. Avec la publication de Delphine, roman où se mêlent les questions politiques et sociales de son temps, l’anglophilie de l’époque, la supériorité du protestantisme sur le catholicisme, le divorce, qui dénonce ouvertement la régression à tous points de vue de la condition féminine, malgré la Révolution, les malheurs des femmes auxquelles les condamne leur position dans la famille patriarcale. Cela n’est évidemment pas pour plaire à Napoléon devenu empereur, à qui on doit un Code civil français répressif à l’égard des femmes, mises en tutelle, perdant les droits et les acquis de la Révolution qu’elles vont mettre plus d’un siècle à recouvrer.

Cela lui vaut en revanche un immense succès dans toute l’Europe —également des critiques, virulentes attisées par l’hostilité de l’empereur à son encontre.

Veuve en 1802, elle entretient une longue relation avec Benjamin Constant, rencontré en 1794, et qui la rejoint dans son exil. Vaudois comme elle, il est en définitive issu de la même région et protestant comme elle, mais il aime vivre seulement à Paris. Il ne parvient à se fixer ni auprès d’elle ni ailleurs. Cette liaison, longue et orageuse, est l’une des plus surprenantes que nous ait laissée l’histoire du monde littéraire. « Je n’avais rien vu de pareil au monde » écrit-il, « J’en devins passionnément amoureux ». Mais la volonté de tout régenter de Madame de Staël, et les tromperies de Benjamin Constant, font qu’ils se séparent après une demande en mariage que Mme de Stael refuse. Elle se remarie en 1811, avec Albert de Rocca, jeune officier suisse beaucoup plus jeune qu’elle.

Benjamin Constant s’éprend de Madame Récamier, dans une passion malheureuse. Son ancienne amante écrit de lui : « Un homme qui n’aime que l’impossible ».

De la fin de l’année 1803 au printemps 1804, Madame de Staël fait un voyage de plusieurs mois en Allemagne, avec Benjamin Constant, où elle est reçue dans les cours princières comme un chef d’État. Elle y apprend l’allemand, et rencontre Schiller, Goethe, et tout ce que l’Allemagne compte alors d’artistes. Elle y découvre une littérature inconnue en France, qu’elle fait connaître aux Français avec son ouvrage De l’Allemagne. Les Français n’ont guère d’autre idée de ce pays que la sienne, jusqu’en 1914, parce qu’ils en ont connaissance uniquement à travers ce qu’elle en dit en lançant la légende d’une Allemagne sentimentale et candide, laissant cependant place aux influences italiennes. Elle entreprend d’ailleurs un voyage en Italie à la fin de la même année. Il faut, dit elle, avoir « l’esprit européen ».

De retour au château de Coppet, le seul endroit où elle peut vivre dans l’Europe napoléonienne, elle y commence Corinne ou l’Italie, roman dans lequel l’héroïne, à la recherche de son indépendance, meurt de cette recherche.

Après la parution de De l’Allemagne, imprimé en 1810, saisi sur ordre de Napoléon, et publié en France qu’en 1814, commencent véritablement pour Madame de Staël les ‘années d’exil’, provoquées par la parution de son violent pamphlet contre l’empereur, qui la pourchasse et la fait espionner sans trêve, lui interdisant toute publication. Elle s’enfuit avec ses deux enfants encore en vie et son mari, Albert de Rocca. Espérant rallier l’Angleterre, elle est contrainte de passer par la Russie et séjourne à Saint-Pétersbourg où elle est accueillie par Pouchkine. Là, elle prend des notes pour le futur De la Russie et des royaumes du Nord — qui ne paraît qu’après sa mort. Elle parvient enfin à se réfugier à Stockholm, auprès de Bernadotte, devenu prince héritier du trône de Suède, où elle devient l’inspiratrice d’une alliance antinapoléonienne, acquérant ainsi une stature politique. Elle rejoint l’Angleterre en 1813, rencontre à Londres le futur Louis XVIII, en qui elle souhaite voir un souverain capable de réaliser la monarchie constitutionnelle. Elle rentre en France au printemps 1814, après avoir publié Outre-Manche Sapho, où reparaît le thème de la femme géniale et incomprise qui finit par mourir de douleur et d’amour, ainsi que ses Réflexions sur le suicide.

La postérité

De retour à Paris, elle reçoit rois, ministres et généraux. L’Europe n’a alors connu que quelques souveraines et beaucoup de courtisanes (ayant eu parfois plus de pouvoir que le roi lui-même, comme la Pompadour), mais Madame de Staël a une réelle ambition politique, elle a espéré jouer le rôle de conseillère de Napoléon. Combative et passée à l’opposition, elle est une activiste et une propagandiste. Durant le premier exil de Napoléon, bien qu’alliée avec circonspection aux Bourbons, elle fait prévenir l’empereur d’une tentative d’assassinat, et celui-ci, pour la rallier à sa cause, lui fait promettre le remboursement d’une somme jadis prêtée par son père au trésor. Elle visite Joséphine, pourtant très malade, au château de Malmaison pour lui demander ce qu’a été sa vie avec l’empereur.

L’histoire littéraire laisse d’elle l’image d’une femme mijaurée, excessivement sentimentale, ou tyrannique en amitié et en amour. C’est surtout une pionnière dans bien des domaines ; en littérature, elle lance le mot de « romantisme ». Dans ses romans elle présente les femmes comme les victimes des contraintes sociales les empêchant d’affirmer leur personnalité. Elle revendique le droit au bonheur pour toutes, et pour elle-même. Cette revendication de droit au bonheur qui se confondait avec le droit d’aimer est reprise par George Sand. Madame de Staël est une femme moderne dans une Europe qu’elle parcourt et décrit en tous sens.

Œuvres de Madame de Staël

Journal de Jeunesse(1785)
Sophie ou les sentiments secrets
Zulma
Jane Gray
Lettres sur les ouvrages et le caractère de J.-J. Rousseau
Eloge de M. de Guibert
A quels signes peut-on reconnaître quelle est l’opinion de la majorité de la nation?
Réflexions sur le procès de la Reine
Réflexions sur la paix
Réflexions sur la paix intérieure
Mirza ou lettre d’un voyageur
Adélaïde et Théodore
De l’influence des passions sur le bonheur des individus et des nations
Histoire de Pauline
Des circonstances actuelles qui peuvent terminer la Révolution et des principes qui doivent fonder la République en France
De la littérature dans ses rapports avec les institutions sociales
Delphine
Epitres sur Naples
Corinne ou l’Italie
Agar dans le désert
Geneviève de Brabant
La Sunamite
Le capitaine Kernadec
La signora Fantastici
Le mannequin
Sapho
De l’Allemagne
Réflexions sur le suicide
De l’esprit des traductions
Considérations sur les principaux événements de la Révolution française

Les citations de Madame de Staël

«L’infini fait autant de peur à notre vue qu’il plaît à notre âme.»
[ Madame de Staël ] – Dix années d’exil

«Le mérite des Allemands, c’est de bien remplir le temps ; le talent des Français, c’est de le faire oublier.»
[ Madame de Staël ] – De l’Allemagne

«Il vaut encore mieux, pour maintenir quelque chose de sacré sur la terre, qu’il y ait dans le mariage une esclave que deux esprits forts.»
[ Madame de Staël ] – De l’Allemagne

«L’homme se sent tellement passager qu’il a toujours de l’émotion en présence de ce qui est immuable.»
[ Madame de Staël ]

«La sévérité bien ordonnée commence par soi-même.»
[ Madame de Staël ]

«La poésie est le langage naturel de tous les cultes.»
[ Madame de Staël ] – De l’Allemagne

«La gloire est le deuil éclatant du bonheur.»
[ Madame de Staël ]

«Une femme ne communique jamais si promptement la perversité de son coeur qu’à une autre femme.»
[ Madame de Staël ] – Corinne

«Ce sont les affections qui nous excitent à réfléchir.»
[ Madame de Staël ] – De la littérature

«Il ne faut pas se mettre en colère contre les choses : cela ne leur fait absolument rien.»
[ Madame de Staël ]

«L’amour-propre est ce qu’il y a au monde de plus inflexible.»
[ Madame de Staël ] – Corinne ou l’Italie

«Comprendre, c’est pardonner.»
[ Madame de Staël ] – Corinne

«On cesse de s’aimer si quelqu’un ne nous aime.»
[ Madame de Staël ]

«Il y a, dans le sentiment même des regrets, quelque chose de doux et d’harmonieux qu’il faut tâcher de faire connaître à ceux qui n’ont encore éprouvé que les amertumes.»
[ Madame de Staël ] – Corinne

«Le sentiment de l’infini est le véritable attribut de l’âme.»
[ Madame de Staël ] – De l’Allemagne

«Le génie, c’est le bon sens appliqué aux idées nouvelles.»
[ Madame de Staël ]

«La conquête est un hasard qui dépend peut-être encore plus des fautes des vaincus que du génie du vainqueur.»
[ Madame de Staël ]

«La première condition pour écrire, c’est une manière de sentir vive et forte.»
[ Madame de Staël ]

«En affection, il n’y a que des commencements.»
[ Madame de Staël ]

«Il faut dans nos temps modernes, avoir l’esprit européen.»
[ Madame de Staël ] – De l’Allemagne

«De tous les hommes que je n’aime pas, c’est certainement mon mari que je préfère.»
[ Madame de Staël ]

«Une nation n’a de caractère que lorsqu’elle est libre.»
[ Madame de Staël ]

«La destination de l’homme sur terre n’est pas le bonheur, mais le perfectionnement.»
[ Madame de Staël ]

«La monotonie, dans la retraite, tranquillise l’âme ; la monotonie, dans le grand monde, fatigue l’esprit.»
[ Madame de Staël ] – De l’Allemagne

«La personnalité des femmes est toujours à deux, tandis que celle de l’homme n’a que lui même pour but.»
[ Madame de Staël ]

«Nous ne connaissons l’infini que par la douleur.»
[ Madame de Staël ]

«On ne trouve de bon dans la vie que ce qui la fait oublier.»
[ Madame de Staël ]

«Les païens ont divinisé la vie et les chrétiens ont divinisé la mort.»
[ Madame de Staël ] – Corinne

«Les jouissances de l’esprit sont faites pour calmer les orages du coeur.»
[ Madame de Staël ]

«L’amour est l’histoire de la vie des femmes, c’est un épisode dans la vie des hommes.»
[ Madame de Staël ]

«Un homme doit savoir braver l’opinion ; une femme s’y soumettre.»
[ Madame de Staël ] – Delphine

«L’amour est un égoïsme à deux.»
[ Madame de Staël ]

«On a tort de craindre la supériorité de l’esprit et de l’âme ; elle est très morale cette supériorité, car tout comprendre rend très indulgent, et sentir profondément inspire une grande bonté.»
[ Madame de Staël ] – Corinne ou de l’Italie

«Voyager est un des plus tristes plaisirs de la vie.»
[ Madame de Staël ] – Corinne

«Les idées nouvelles déplaisent aux personnes âgées ; elles aiment à se persuader que le monde n’a fait que perdre, au lieu d’acquérir, depuis qu’elles ont cessé d’être jeunes.»
[ Madame de Staël ] – Corinne ou l’Italie

«Pourquoi les situations heureuses sont-elles passagères ? Qu’ont-elles de plus fragile que les autres ?»
[ Madame de Staël ] – Corinne ou l’Italie

«Tout ce que l’homme a fait de plus grand, il le doit au sentiment douloureux de l’incomplet de sa destinée.»
[ Madame de Staël ] – De la littérature

La bibliographie de Madame de Staël

  De l’Allemagne Tome I
  de Madame de Staël
  [Littérature classique]
  Résumé du livre
  " De l’Allemagne " fut comme un puissant instrument qui fit la première brèche dans la muraille d’antiques préjugés élevée entre nous et la France. GOETHE

  Corinne ou l’Italie
  de Madame de Staël
  [Roman]
  Résumé du livre
  Un roman cosmopolite et européen qui évoque la France, l’Angleterre et l’Italie à l’aube du romantisme dans la diversité de leurs mœurs et de leurs cultures.

L’histoire d’une femme, la poétesse Corinne, qui inaugure le débat sur la condition féminine, sur le droit de la femme à vivre en être indépendant et à exister en tant qu’écrivain.

Corinne, c’est Mme de Staël elle-même, " la femme la plus extraordinaire qu’on vit jamais " selon Stendhal, " un être à part, un être supérieur tel qu’il s’en rencontre peut-être un par siècle ", disait Benjamin Constant.

Napoléon lui-même, qui voyait en Mme de Staël une dangereuse messagère de liberté, déclara un jour : " Il faut reconnaître après tout que c’est une femme d’un très grand talent ; elle restera. "

  Dix années d’exil
  de Madame de Staël
  [Roman]
  Résumé du livre
  Voici l’ouvrage le plus personnel et le plus vivant, sans doute, de Madame de Staël. Et, en tout cas, un des plus passionnés : c’est qu’elle y retrace son affrontement avec Napoléon et, parce qu’elle demeure inébranlable en sa volonté d’agir et de s’exprimer librement, les persécutions qu’il lui fait subir.
Par là, Dix années d’exil constitue un témoignage, remarquable d’intelligence, sur les forces nouvelles qui se manifestent à la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle. Témoin de son temps, Madame de Staël l’est, en effet, avec une acuité singulière, comme l’atteste également le récit, qui clôt le livre, du voyage qu’elle entreprend à travers l’Europe de 1812 et la Russie soulevée contre l’envahisseur.

  Delphine
  de Madame de Staël
  [Roman]
  Résumé du livre
  Premier roman de Madame de Staël, ‘Delphine’ est une transposition des idées esthétiques présentées dans ‘De la littérature’. Un texte sensible et romantique.

  De la littérature
  de Madame de Staël
  [Littérature classique]
  Résumé du livre
  ‘De la littérature’ est une analyse minutieuse du patrimoine littéraire. Madame de Staël s’y fait l’apologiste de la nouvelle littérature et se donne la beauté pour but et pour fond.

  L’INFLUENCE DES PASSIONS – Reflexions Sur Le Suicide
  de Madame de Staël
  [Roman]
  Résumé du livre
  De l’influence des passions sur le bonheur des individus et des nations, premier livre de Germaine de Staël, est paru à Lausanne en 1796. Elle a alors 30 ans et se retrouve sous le double coup des crimes de la Terreur et, plus récent et personnel, d’un décret d’expulsion. C’est ainsi que ce texte a été commencé en Angleterre, poursuivi à Paris, puis terminé au Château de Coppet, en Suisse, selon une suite de voyages, d’errances qui seront emblématiques de toute la destinée de cette femme. A partir de la formule stoïcienne d’Epictète – qui définit la liberté comme sagesse de s’en tenir à ce qui dépend de soi à l’inverse de l’aliénation qui consiste à se lier à ce qui ne dépend pas de soi – et en continuité avec la distinction de J.J. Rousseau – entre l’amour de soi, source d’authenticité et d’indépendance, et l’amour propre, pur reflet de l’opinion des autres – Madame de Staël examine l’effet funeste des passions sur le bonheur : leur pouvoir de destruction de l’autonomie et de l’identité du sujet. Elle analyse successivement les passions destructrices, aliénantes : l’amour de la gloire (elle qui voit à juste titre en son père, le financier et ministre Necker, "l’homme de ce temps qui a recueilli le plus de gloire"), l’ambition, la vanité, l’amour, le jeu, l’avarice, l’ivresse, l’envie et la vengeance, l’esprit de parti, (et, dans ces pages Madame de Staël révèle l’étendue de son expérience et son étonnante lucidité politique), le crime, l’amitié, la tendresse filiale, paternelle et conjugale, la religion, l’inconscience face à la menace du malheur. Elle propose ensuite des moyens de les combattre : la philosophie, l’étude, la bienfaisance. Ce texte classique par son propos, brille par l’intelligence exceptionnelle de Madame de Staël : par la manière dont celle-ci nous donne à voir l’avancée d’un raisonnement, la formation d’une pensée, son mouvement de reconquête de soi, contre la confusion des sentiments, l’opacité des sensations. Et l’on comprend peu à peu en lisant De l’influence des passions que c’est par la force philosophique à l’oeuvre dans ce livre que Madame de Staël espère pour elle-même la délivrance de l’empire des passions et des obsessions qu’elles produisent. Y réussit-elle ? Non, avoue-t-elle en conclusion. Et si ce texte nous emporte, c’est précisément pour son échec : parce que loin d’être un froid traité de moraliste, il exprime un combat vital et relève d’une écriture en proie avec la peur, les pleurs, et avec toutes les passions contre lesquelles il prétend nous mettre en garde.

Anne-Louise Germaine Necker, baronne de Staël-Holstein

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Le jour par jour

1771   21 avril  

Louis Jean Népomucène Lemercier

  Est un poète français
  Né à Paris le 21 avril 1771
  Décédé à Paris le 7 juin 1840
 
  « Messieurs, mon succès d’hier m’a beaucoup touché, mais ne m’a pas fait
  illusion. Ma pièce est une œuvre d’enfant, c’est un enfant que le public a applaudi
  pour l’encourager ; je n’ai qu’une manière de me montrer digne de son
  indulgence, c’est de ne pas en abuser. De telles bontés ne se renouvellent pas.
  Je retire mon ouvrage, et je tâcherai que ma seconde tragédie soit plus digne de
  vos talents. »
  [ Népomucène Lemercier ]
 
  [ Népomucène Lemercier ] – La panhypocrisiade
  RABELAIS :
 
  C’est Carême-Prenant, que l’orgueil mortifie :
  Son peuple, ichtyophage, efflanqué, vaporeux,
  A l’oreille qui tinte et l’esprit rêve-creux.
  Envisage non loin ces zélés Papimanes,
  Qui, sur l’amour divin, sont plus forts que des ânes,
  Et qui, béats fervents, engraissés de tous biens,
  Rôtissent mainte andouille et maints luthériens.
  Ris de la nation des moines gastrolâtres :
  Aperçois-tu le dieu dont ils sont idolâtres ?
  Ce colosse arrondi, grondant, sourd, et sans yeux,
  Premier auteur des arts cultivés sous les cieux,
  Seul roi des volontés, tyran des consciences,
  Et maître ingénieux de toutes les sciences,
  C’est le ventre ! le ventre ! Oui, messire Gaster
  Des hommes de tout temps fut le grand magister,
  Et toujours se vautra la canaille insensée
  Pour ce dieu, dont le trône est la selle percée.
  J’en pleure et ris ensemble ; et tour à tour je crois
  Retrouver Héraclite et Démocrite en moi.
  Hu ! hu ! dis-je en pleurant, quoi ! ce dieu qui digère,
  Quoi ! tant d’effets si beaux, le ventre les opère !
  Hu ! hu ! lamentons-nous ! hu ! quels honteux destins,
  De nous tant agiter pour nos seuls intestins !
  Hu ! hu ! hu ! de l’esprit quel pitoyable centre !
  L’homme en tous ses travaux a donc pour but le ventre !
  Mais tel que Grand-Gousier pleurant sur Badebec,
  Se tournant vers son fils sent ses larmes à sec ;
  Hi ! hi ! dis-je en riant, hi ! hi ! hi ! quel prodige,
  Qu’ainsi depuis Adam le ventre nous oblige
  À labourer, semer, moissonner, vendanger,
  Bâtir, chasser, pêcher, combattre, naviguer,
  Peindre, chanter, danser, forger, filer et coudre,
  Alambiquer, peser les riens, l’air et la poudre,
  Étre prédicateurs, poètes, avocats,
  Titrer, mitrer, bénir, couronner des Midas,
  Nous lier à leur cour comme à l’unique centre,
  Hi ! hi ! tout cela, tout, hi ! hi ! hi ! pour le ventre !

La biographie de Népomucène Lemercier

Népomucène Lemercier, dont le père était secrétaire des commandements après avoir été intendant du comte de Toulouse et du duc de Penthièvre, eut pour marraine la princesse de Lamballe et fut protégé, à ses débuts, par Marie-Antoinette qui ordonna, alors qu’il n’était âgé que de 17 ans, de créer sa tragédie de Méléagre, qui n’eut toutefois qu’une seule représentation, bien que la pièce, jouée en présence de la reine, de la princesse et de toute la cour, eût été applaudie triomphalement. Mais le jeune homme déclara aux comédiens le lendemain matin : « Messieurs, mon succès d’hier m’a beaucoup touché, mais ne m’a pas fait illusion. Ma pièce est une œuvre d’enfant, c’est un enfant que le public a applaudi pour l’encourager; je n’ai qu’une manière de me montrer digne de son indulgence, c’est de ne pas en abuser. De telles bontés ne se renouvellent pas. Je retire mon ouvrage, et je tâcherai que ma seconde tragédie soit plus digne de vos talents. »

Un accident survenu dans l’enfance le laissa en partie paralysé durant le restant de ses jours. « Au sortir de l’enfance, écrit Jean-François Ducis, pour guérir son jeune corps dont la moitié avait été frappée de paralysie, il a passé par toutes les tortures, et il a monté de supplice en supplice dans la sphère supérieure qu’il habite. Il tient dans sa main les rênes de ce corps, il en conduit avec sagesse et fermeté la partie vivante et la partie morte. Dans la partie vivante existe son âme, avec des redoublements d’esprit, une étendue de vues, une audace de conception, qui en font pour moi un phénomène charmant, tandis que la partie morte en fait pour moi un martyr qui m’attendrit, un héros de la douleur qui m’étonne, et c’est tout cela qui m’explique les grandes passions qu’il a inspirées et ressenties, car les femmes ont des yeux pour comprendre et adorer ces prodiges. »

Il donna ensuite, en 1792, un drame en vers, Clarisse Harlowe, inspiré du roman de Samuel Richardson, qui fit dire que l’auteur n’était « pas assez roué pour peindre les roueries ». Partisan de la Révolution mais ennemi de ses excès, il les dénonça en 1795 dans Le Tartufe révolutionnaire, rempli d’allusions politiques audacieuses et qui fut supprimé après la cinquième représentation. Puis il donna en 1796 une tragédie, Le Lévite d’Éphraïm avant de faire jouer, l’année suivante, son Agamemnon qui remporta un grand succès et apporta la célébrité à son auteur.

On cria au génie et on se disputa dès lors Népomucène Lemercier dans les salons du Directoire – chez Mme Tallien, Mme Pourrat ou Mme de Staël – où il était tenu, selon Talleyrand, pour « l’homme de France qui cause le mieux ».

C’est à cette époque qu’il accepta, par défi, de traduire en vers, sans choquer la bienséance, les œuvres licencieuses du cabinet de Naples. Il composa Les Quatre Métamorphoses (1798), c’est-à-dire celles, sous l’effet de la passion amoureuse, de Diane en chèvre, de Jupiter en aigle, de Vulcain en tigre et de Bacchus en vigne.

Il composa également un drame historique en prose, Pinto, ou la Journée d’une conspiration (1800) qui met en scène la révolution qui porta le duc de Bragance sur le trône du Portugal et annonce le drame romantique : « De cette œuvre, observe Charles Labitte, aurait daté la rénovation de la scène française, s’il n’eût été coupé court aux hardiesses par la régularité de l’Empire. »

Lemercier avait d’abord été lié avec Bonaparte. Il avait fréquenté son salon dès son mariage avec Joséphine et sa tragédie d’Ophis, sur un sujet égyptien, avait été représentée le jour même où l’on apprenait à Paris la nouvelle des succès militaires de l’expédition d’Égypte : plusieurs passages en avaient été vivement applaudis en l’honneur du héros du jour. Après le 18 Brumaire, Lemercier fut l’hôte régulier de la Malmaison, mais sa franchise commença à indisposer le Premier Consul, qui l’appelait « mon petit romain » : il lui prédisait que, s’il rétablissait la monarchie, il ne règnerait pas dix ans ; lorsque l’Empire fut proclamé, il renvoya sa Légion d’honneur. Dès lors, il fut en butte à la censure impériale, évita tout contact autre que purement protocolaire avec Napoléon, ne paraissant aux Tuileries qu’aux réceptions solennelles de l’Académie française, où il fut élu en 1810. Il réduisit fortement son activité littéraire. À l’Empereur qui lui demandait un jour : « Et vous, Lemercier, quand nous donnerez-vous quelque chose ? », il osa répondre : « Sire, j’attends ! ».

Néanmoins, à la chute de l’Empire, son inspiration s’était tarie. S’il publia en 1819 son œuvre la plus connue, La Panhypocrisiade ou la comédie infernale du XVIe siècle, le texte en avait été presque complètement terminé sous le Consulat. C’est un ouvrage étrange, déjà nettement romantique, « une sorte de chimère littéraire, dit Victor Hugo, une espèce de monstre à trois têtes, qui chante, qui rit et qui aboie. » La critique ne fut pas tendre pour cette œuvre étonnante. « Il y a dans cette œuvre, écrivit Charles Nodier dans Le Journal des Débats, tout ce qu’il fallait de ridicule pour gâter toutes les épopées de tous les siècles, et, à côté de cela, tout ce qu’il fallait d’inspiration pour fonder une grande réputation littéraire. Ce chaos monstrueux de vers étonnés de se rencontrer ensemble rappelle de temps en temps ce que le goût a de plus pur. C’est quelquefois Rabelais, Aristophane, Lucien, Milton, à travers le fatras d’un parodiste de Chapelain. » Le poème fait surtout penser aux Tragiques d’Agrippa d’Aubigné, dont il retrouve les accents d’indignation et la poésie étrange.

L’essor du mouvement romantique fit apparaître Lemercier décalé et démodé. Ses ouvrages n’eurent guère de succès, à l’exception de sa tragédie de Frédégonde et Brunehaut (1821), qui d’ailleurs ne resta pas longtemps à l’affiche. Oubliant que lui-même, en avance sur son temps, avait été traité de fou sous l’Empire, il vitupéra les Romantiques. Lorsqu’on lui disait qu’ils étaient ses enfants, il disait : « Oui, des enfants trouvés ! » et, à l’Académie, il refusa obstinément son suffrage à Victor Hugo, qui finit pourtant par lui succéder

Œuvres de Népomucène Lemercier

Théâtre

Méléagre, tragédie en 5 actes (1788)
Clarisse Harlowe, drame, en vers (1792)
Le Tartufe révolutionnaire, comédie en 5 actes, en vers (1795)
Le Lévite d’Éphraïm, tragédie en 3 actes (1796)
Agamemnon, tragédie en 5 actes, représentée au Théâtre de la République le 5 floréal an V (24 avril 1797)
La Prude, comédie (1797)
Ophis, tragédie en 5 actes, représentée au Théâtre de la République le 2 nivôse an VII (1798)
Pinto, ou la Journée d’une conspiration, comédie historique, créée au Théâtre de la République le 1er germinal an VIII (22 mars 1800)
Isule et Orovèse, tragédie en 5 actes (1803)
Beaudouin, empereur, tragédie en 3 actes (1808)
Plaute ou la Comédie latine, comédie en 3 actes, en vers, représentée à la Comédie-Française le 20 janvier 1808
Christophe Colomb, comédie historique en 3 actes, en vers, représentée sur le Théâtre de S. M.
l’Impératrice et Reine le 7 mars 1809
Charlemagne, tragédie en 5 actes, représentée à la Comédie-Française le 27 juin 1816
Le Frère et la Sœur jumeaux, comédie en 3 actes, en vers, représentée au Théâtre de l’Odéon le 7 novembre 1816
Le Faux bonhomme, comédie en 3 actes tombée dès le commencement du 3e acte, représentée au Théâtre français le 25 janvier 1817
Le Complot domestique, ou le Maniaque supposé, comédie en 3 actes et en vers, représentée au Théâtre de l’Odéon le 16 juin 1817
Ismaël au désert ou l’origine du peuple arabe, scène orientale en vers (1801), représentée au Théâtre de l’Odéon le 23 janvier 1818 (sous le titre Agar et Ismaël, ou l’Origine du peuple arabe) La démence de Charles VI, tragédie en 5 actes (1820), devait être représentée au Théâtre de l’Odéon le 25 septembre 1820
Clovis, tragédie en 5 actes (1820)
Frédégonde et Brunehaut, tragédie en 5 actes, représentée au Second Théâtre français le 27 mars 1821
Louis IX en Égypte, tragédie en 5 actes, représentée au Second Théâtre français le 5 août 1821 Le Corrupteur, comédie en 5 actes et en vers, terminée le 22 novembre 1812, représentée au Second Théâtre Français le 26 novembre 1822
Dame Censure, ou la Corruptrice, tragi-comédie en 1 acte et en prose (1823)
Richard III et Jeanne Shore, drame historique en 5 actes et en vers, imité de Shakespeare et de Rowe (1824)
Les Martyrs de Souli, ou l’Épire moderne, tragédie en 5 actes (1825)
Camille, ou le Capitole sauvé, tragédie en 5 actes (1826)
L’Ostracisme, comédie (1828)
Richelieu ou la journée des dupes, comédie en 5 actes, en vers L’Héroïne de Montpellier, mélodrame en 5 actes, représenté au Théâtre de la Porte Saint-Martin le 7 novembre 1835
Les Deux filles spectres, mélodrame en 3 actes et en prose, représenté au Théâtre de la Porte Saint-Martin le 8 novembre 1827
Les serfs polonais, mélodrame en 3 actes, représenté au Théâtre de l’Ambigu le 15 juin 1830

Poésies et œuvres diverses

Épître d’un prisonnier délivré de la Bastille (1789)
Les Quatre Métamorphoses (1798)
Homère, poème (1800)
Alexandre, poème (1800)
Les Trois fanatiques, poème (1801)
Un de mes songes ou quelques vers sur Paris (1802)
Les Âges français, poème en 15 chants (1803)
Hérologues, ou Chants des poètes rois (1804)
L’Homme renouvelé, récit moral en vers (1804)
Traduction des Vers dorés de Pythagore et de deux idylles de Théocrite (1806)
Discours de la nature (1806)
Épître à Talma (1807)
L’Atlantiade ou la théogonie newtonienne, poème en 6 chants (1812) :
  Bizarre poème didactique où des divinités allégoriques représentent le calorique, l’oxygène, le phosphore, etc.
Ode sur le doute des vrais philosophes (1812)
Épître à Bonaparte sur le bonheur de la vertu (1814)
Épître à Bonaparte, sur le bruit répandu qu’il projetait d’écrire des commentaires historiques (1814)
Réflexions d’un Français, sur une partie factieuse de l’armée française (1815)
La Mérovéide ou les champs catalauniques, poème en 14 chants (1818)
Du Second Théâtre français, ou Instruction relative à la déclamation dramatique (1818)
La Panhypocrisiade ou la comédie infernale du XVIe siècle, poème en 16 chants (1819)
Moïse, poème (1819 et 1823)
Cours analytique de littérature générale, 4 vol. (1820) : Recueil des leçons données à l’Athénée de 1811 à 1814.
Chant pythique sur l’alliance européenne (1820)
Ode à notre âge analytique (1820)
Le Paysan albigeois (1823)
Chants héroïques des montagnards et matelots grecs, traduits en vers français (1824-1825)
Ode à la mémoire du Comte de Souza (1825)
Almînti, ou le Mariage sacrilège, roman physiologique (1834)
Ode à l’hymen, mise en musique par Luigi Cherubini
Ode sur la Melpomène des Français

Les citations de Népomucène Lemercier

« A cet abattement que vous laissez paraître, – J’ai, s’il faut l’avouer, peine à vous reconnaître. »
[Louis Jean Népomucène Lemercier] – Frédégonde et Brunehaut (1821)

« Terre où je n’ai plus rien que mon coeur puisse aimer, – Ouvre-toi! Dans tes flancs puissé-je m’abîmer! »
[ Louis Jean Népomucène Lemercier] – Frédégonde et Brunehaut (1821)

« Vestibules profonds, parvis silencieux, – Où viennent s’abaisser les coeurs religieux. »
[ Louis Jean Népomucène Lemercier ] – Frédégonde et Brunehaut (1821)

Louis Jean Népomucène Lemercier

Portrait réalisé par l’artiste Isabey Jean Baptiste (1767 – 1855)

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Le jour par jour

1962   20 avril  

Anna Galore

   Là où tu es

  Est une romancière française
  Née en 1962 à Cilaos (Réunion)
 
  Anna Galore est le pseudonyme d’un auteur français dont l’identité réelle est
  incertaine. Elle est apparue initialement sur un site web portant son nom, où elle
  propose le téléchargement gratuit de ses romans. Elle présente donc la double
  particularité, plutôt rare, de ne pas chercher de gloire personnelle (son vrai nom est inconnu) ni de promotion commerciale (ses manuscrits sont gratuits). De nombreux blogs et forums de discussion littéraires se sont mis à en parler, y compris avec sa participation active.
 

La biographie d’Anna Galore

Anna Galore est née en 1962 à Cilaos (La Réunion), d’un père italien et d’une mère française. Son père l’a initiée très jeune à la plongée sous-marine, qu’elle pratique toujours régulièrement. Sa famille et elle déménagent à Toulouse lorsqu’elle a 12 ans. Elle y fait le reste de ses études et y croise la route de lamas tibétains, une rencontre déterminante dans sa vie. Pianiste confirmée, elle s’est produite pendant une quinzaine d’années dans divers groupes amateurs du sud de la France. Elle est passionnée de voyages, de cinéma, de photo, de musique et de littérature contemporaine. Elle vit actuellement près de Marseille

Œuvres d’Anna Galore

Les romans mis en ligne sur le site web de l’auteur constituent deux trilogies. La première est intitulée "L’éternel amoureux errant". Elle est formée de trois volumes dont le fil conducteur est la vie amoureuse d’un homme nommé Charlie.

"Les Trois Perles de Domérat" est un récit basé sur les tourments du corps,
"Là où tu es" parle de ceux du cœur,
"Le Miroir Noir" s’intéresse à ceux de l’âme, en revenant sur le parcours des principaux personnages des deux premiers tomes.

La seconde se nomme "Reflets inachevés" et s’appuie sur le thème des échos, des résonances, des reflets entre des évènements qui semblent indépendants mais qui se répondent à travers le temps et l’espace. Ses volets sont:

La crypte au palimpseste
Le drap de soie du temps
La femme primordiale
Les romans d’Anna Galore sont diffusés dans 108 pays différents, dont la liste figure sur le site web de l’auteur.

Les citations d’Anna Galore

[Anna Galore] – Extrait de « Les Trois Perles de Domérat »

Charlie prit la route, se perdit deux fois, finit par trouver Domérat, se retrouva devant un petit aéro-club fièrement nommé « Les Ailes Montluçonnaises », demanda son chemin au vieux gardien qui regardait, à moitié endormi, un match de foot dans le bar désert au bord de la piste, tourna encore en rond. Alors qu’il n’y croyait plus, il trouva enfin le petit chemin qui s’enfonçait dans les bois. Puis la vieille maison de pierre. Elle était plutôt sinistre sous la lueur lugubre de l’orage qui redoublait de fureur. Mais il n’y avait pas de doute, c’était bien là, le nom de Gabrielle était écrit sur la boîte aux lettres. Il se gara, attrapa son sac, le fit tenir d’une main sur sa tête pour se protéger du mieux possible de la pluie battante et courut jusqu’au porche alors que la foudre s’abattait à quelques centaines de mètres, avec un grand craquement, au milieu des arbres torturés par le vent. Il repensa à un vers de Dante, décrivant le cinquième des neuf cercles de l’Enfer : « Déjà venait par les terribles eaux le fracas de son plein d’épouvante »

Il n’y avait pas de sonnette, juste un heurtoir en bronze représentant un diable grimaçant. Génial, se dit-il en souriant, on se croirait vraiment dans un film d’horreur. Il actionna le heurtoir et entendit, au milieu de sons non identifiables, la voix lointaine de Gabrielle lui disant d’entrer. Il ouvrit la porte et resta interloqué.

Des dizaines de bougies étaient allumées, posées un peu partout autour de la pièce sur laquelle donnait l’entrée, projetant des ombres mouvantes et fantomatiques sur les murs, qui semblaient onduler de façon chaotique. Il reconnut, sortant des baffles à plein volume, les chœurs d’outre-tombe du chef d’œuvre de Krzysztof Penderecki, Utrenja, un opéra contemporain inclassable, à l’ambiance lovecraftienne, que le compositeur polonais avait écrit pour évoquer la mise au tombeau du Christ.

[Anna Galore] – Extrait "La crypte au palimpseste" qui décrit le thème des échos:

A plusieurs reprises, j’ai eu le sentiment diffus que je croisais des échos venus de très loin, comme si d’autres que moi avaient subi les mêmes évènements plusieurs siècles auparavant. Peut-être pas exactement les mêmes, bien sûr, mais, disons, similaires. Analogues. Plus ou moins décalés. Comme des bégaiements du destin à travers les âges. Des boucles temporelles qui se réverbèrent à l’infini après avoir rebondi contre les parois de l’Univers. Des reflets de bouts de vie oubliés qui, pour une raison ou une autre, viennent traverser fugitivement d’autres bouts de vie mille ans plus tard. Des coïncidences qui ne sont que des co-incidents connectés d’une façon mystérieuse. Comme si le temps et la matière n’existaient pas vraiment mais n’étaient que des illusions […] Ce serait fascinant si c’était vrai. Je veux dire, ces échos, ces reflets hors du temps. Un peu comme les univers parallèles dont parlent les auteurs de science-fiction, ou plutôt les physiciens qui leur ont servi de source d’inspiration. Étais-je également l’écho de quelqu’un d’autre?

La bibliographie d’Anna Galore

  L’éternel amoureux errant
  Les trois perles de Domérat

  d’Anna Galore
  [Roman]
  Proposé par Anna
  Charlie va croiser, au travers d’un mail de spam, une douzaine de personnes. Parmi elles, trois femmes dont les destins sont mystérieusement liés. La première, Salomé, est une métisse solaire et belle, qui descend du viol d’une aïeule lointaine déportée comme esclave à la Nouvelle Orléans. La seconde, Gabrielle, est une adolescente de 17 ans issue d’une longue lignée de sorcières à l’histoire tumultueuse et cruelle. La troisième, Nora, est une jeune femme extravertie et pleine de vie dont le côté obscur va se révéler dramatique. Par dessus toute l’intrigue plane l’ombre de Lilith, la première femme créée par Dieu avant Eve, l’insoumise, l’ancêtre de toutes les femmes libres.

  L’éternel amoureux errant
  Là où tu es

  d’Anna Galore
  [Roman]
  Proposé par Anna
  On peut brûler sans être condamné pour sorcellerie. Charlie va le découvrir en tombant fou amoureux de Mina. Il va brûler parce que Mina ne l’aime pas. Par contre, Kiss, la soeur jumelle de Mina tombe, elle, amoureuse de Charlie. Mina et Kiss sont identiques physiquement. Charlie va-t-il accepter l’amour de Kiss, faute d’avoir celui de Mina? Va-t-il céder à la tentation de l’illusion ou ne vouloir personne d’autre que l’unique femme qu’il aime, même si elle ne lui rend jamais son amour ?

  L’éternel amoureux errant
  Le Miroir Noir

  d’Anna Galore
  [Roman]
  Proposé par Anna 
  "J’écris ces lignes seulement quelques semaines après tout ce qui m’est arrivé. Je n’ai pas d’imagination mais je crois que j’ai une bonne mémoire. J’ai essayé de retranscrire le plus fidèlement possible l’enchaînement des faits. Je veux parler de ce monde obscur, effrayant, à la lisière du nôtre, dont je n’aurais jamais cru qu’il puisse encore exister de nos jours. Gabrielle est une sorcière. Mais je vais trop vite. Il faut que je raconte tout depuis le début…"

  Reflets inachevés
  La crypte au palimpseste

  d’Anna Galore
  [Roman]
  Proposé par Anna
  En 481, en 1244 et en 2007, trois hommes vivent un enchaînement d’évènements étrangement semblable. Parvenus sur le Causse Méjean pour laisser leur passé chaotique derrière eux, ils y rencontrent une jeune femme muette, nimbée de mystère. Elle possède un parchemin, maintes fois ré-écrit depuis des temps immémoriaux, dans une langue oubliée qu’elle seule sait lire. Un dément fanatique hante le Causse, convaincu de purifier les âmes des humains en suppliciant longuement leur corps. Lorsqu’ils croiseront sa route, les trois hommes verront leur sort lié au palimpseste. La clé de certaines de ses énigmes peut faire la différence entre leur survie ou leur trépas. Les mots seront-ils plus forts que la mort ? « L’histoire ne se répète pas, elle bégaie ».

  Reflets inachevés
  Le drap de soie du temps

  d’Anna Galore
  [Roman]
  Proposé par Anna
  Deux hommes et une femme vont passer une semaine de vacances à Santorin, l’île qui a inspiré la légende de l’Atlantide à Platon. Il s’agit de Johan ("La crypte au palimpseste"), de Charlie ("L’éternel amoureux errant") et de la troublante Claire – qui va exacerber le désir des deux hommes. Au cours d’une plongée dans la caldeira, ils trouvent des médailles minoennes, vestiges d’une terrible tragédie qui a changé la planète entière il y a 35 siècles. Du fond d’un temple enseveli, le prêtre des Terres Noires veut à tout prix les reprendre pour calmer le courroux de Gaïa.

  Reflets inachevés
  La femme primordiale

  d’Anna Galore
  [Roman]
  Proposé par Anna
  « Au moment de l’orgasme, ses traits ont été traversés d’expressions fugitives que je ne lui connaissais pas jusqu’alors. Sur son visage ont défilé ceux de milliers de femmes inconnues, partageant le même déferlement, le même instant.
Dans la pénombre de la chambre, elle a semblé devenir une divinité infernale, aux traits déformés par une douleur insoutenable. Sa bouche s’est retroussée, en une grimace de fauve. Elle paraissait à la fois toute-puissante et désemparée, dépassée par la décharge de plaisir qui la secouait. Sa beauté était surhumaine, habitée par une énergie déchaînée qui la transcendait.
Elle était toutes les femmes. Elle était la femme.
La Femme Primordiale. »

  Le secret du temple
  Le septième livre

  d’Anna Galore
  [Roman]
  Proposé par Anna
  Chapitre 1

C’est lorsqu’on est environné de tous les dangers qu’il n’en faut redouter aucun. (Sun Tzu)

– Incapable ! Tu l’as tué !
Allongé sur le dos, les membres disloqués, l’architecte torturé gisait sur le sol du temple, au pied des deux immenses colonnes de granit noir de Nubie. Un étrange sourire illuminait son visage malgré les hématomes qui le recouvraient.
Ses yeux grands ouverts semblaient narguer les trois Seigneurs Ténébreux.
Sans la flaque de sang qui s’étalait lentement autour de son crâne en un disque carmin, il aurait pu paraître encore vivant. Malgré le calvaire interminable qu’il avait subi pendant des heures, il n’avait pas parlé. Il avait préféré la mort. Il l’avait même provoquée. La Parole ne devait pas être divulguée. Le temps n’était pas venu.
Abddôn, furieux, continuait à presser compulsivement le manche de la masse ensanglantée qui avait porté le coup fatal en faisant éclater le crâne de leur victime.
Sydon, accroupi malgré sa carrure massive, se repaissait du spectacle du corps aux multiples fractures des membres et de la cage thoracique, brisés par sa lourde équerre de chantier. Du coin de ses lèvres retroussées coulait un petit filet de bave.
Seul Haborym réalisait qu’ils venaient de perdre toute chance d’extorquer le secret du supplicié. De rage, il jeta violemment à terre la barre de fer avec laquelle il avait plusieurs fois fait suffoquer Hiram en la pressant contre sa gorge. Le bruit métallique résonna pendant plusieurs secondes dans la salle immense.
Hiram était mort.
Hiram, le bâtisseur du Temple de Salomon. Hiram, le dépositaire d’un savoir secret, transmis depuis la nuit des temps. Hiram, dont l’un des ancêtres était Hénoch, l’inventeur de l’écriture. Hiram, l’ultime descendant de Caïn et Lilith.
– Il faut cacher le corps !
– Mais où ? La milice de Salomon aura tôt fait de le retrouver. Hiram était l’un de ses plus proches favoris.
– Certains courtisans prétendent qu’il a confié la Parole au roi, en cachant le Livre des Noms dans une pièce secrète du Temple, le Saint des Saints, là où se trouve l’arche d’alliance. Seuls Salomon, le Grand Prêtre et Hiram en connaissent l’accès.
– Décidément, il était d’une incroyable légèreté. Confier la Parole au Grand Prêtre ! Pouah !
– Il nous a bien fait confiance à nous, tu ne vas pas t’en plaindre.
– C’est dire à quel point il était naïf. Comment a-t-il pu nous croire quand nous nous sommes présentés à lui comme des Compagnons de l’Ordre des Bâtisseurs, fondé par Imhotep en personne ? Celui où il a tout appris !
– Nous avons été plus rusés que lui, voilà tout. Ceux qui donnent trop facilement leur confiance s’exposent à être trahis.
– Si la Parole est dissimulée dans le Temple, nous devons pouvoir la retrouver.
– Le Temple est un labyrinthe dont bien des lieux ne figurent sur aucun plan. Hiram en a fait construire les différentes parties par des Compagnons à qui il ne donnait ses instructions que pour leurs propres apprentis. Ils ignoraient tout de ce que faisaient les autres. Seul Hiram en connaissait tous les secrets.
– Il m’avait chargé des travaux du puits sans fond, dit Abddôn. Je suis sûr que le Livre n’y est pas.
– Moi, j’ai conduit ceux de la crypte d’obsidienne, ajouta Sydon. Le Grand Prêtre est venu y poser un coffre. J’ai pu l’ouvrir à son insu, mais il ne contenait qu’un rouleau de parchemin vierge de toute écriture. L’accès de la crypte est désormais scellé par un piège mortel dont je ne connais pas la clé.
– Et tu prétends en avoir conduit les travaux ? se moqua Abddôn. Tu ne vaux pas mieux que tes apprentis !
– Et toi, c’est ta stupidité qui, comme ton puits, est sans fond, lui jeta Sydon tout en le repoussant violemment des deux mains.
Abddôn reprit aussitôt son équilibre et souleva sa masse d’un air menaçant.
– Puisque tu aimes mon puits, tu vas y terminer ta triste vie, lança-t-il.
– Seulement si tu m’y accompagnes, gronda Sydon entre ses dents, prêt à lui rendre coup pour coup.
– Il suffit ! rugit Haborym. Gardez vos querelles pour plus tard ! Nous devons trouver le Livre et nous torturerons chacun des autres Compagnons s’il le faut. Certains finiront bien par parler.
Sydon et Abddôn grognèrent de contentement à cette perspective. Ils n’aimaient rien tant que de faire souffrir.
– Mais d’abord, il faut nous débarrasser d’Hiram, reprit Haborym. Ensuite, nous reviendrons ici terminer notre travail.
– Jetons son corps dans les marais, les crocodiles s’en feront un festin. Il n’en restera rien.
– Non, il faut que nous puissions prouver au Maître qu’Hiram est bien mort. Nous devons cacher ses restes en un lieu où nous pourrons les retrouver.
– Découpons-le en morceaux et dispersons-les aussi loin que possible, proposa Abddôn, les yeux ronds comme un enfant qui vient de voir une sucrerie. Nous n’aurons qu’à mettre une marque connue de nous seuls sur chacune des sépultures.
– Une marque ? Quelle marque ?
– Un acacia entier a été déposé chez les charpentiers aujourd’hui. Prenons-en des bouts de branches. Nous les planterons là où sont les restes.
Les trois hommes se regardèrent.
– Holà, mais tu n’es pas si stupide, finalement, répondit Haborym. Enfin une idée utile. Bon, faisons vite. Il faut que nous ayons terminé avant le lever du soleil. Lorsque le chantier ouvrira à l’aube, l’absence d’Hiram sera vite remarquée et tout deviendra plus difficile pour nous. Mais nous pourrons prétexter sa disparition pour proposer de fouiller le Temple de fond en comble en demandant à tous les Compagnons de mettre leurs connaissances en commun.
– Tu excelles à l’art d’utiliser les évènements à ton avantage, Haborym.
– Oui, Abddôn. C’est bien pour cela que le Maître m’a choisi pour mener cette mission de la plus haute importance.
– En tout cas, ce n’est pas pour ton humilité, marmonna Sydon.
– Qu’as-tu dit ?
– Euh… Je maudissais cette humidité.
– Que signifie une telle absurdité ?
– Je… je vais chercher des haches et un fagot de branches. L’atelier des charpentiers est tout près d’ici.
Il ne leur fallut que quelques minutes pour procéder à leur sinistre ouvrage. Ils se répartirent ensuite les restes macabres et les rameaux d’acacia, qu’ils enveloppèrent dans leurs capes. Avant de partir, ils nettoyèrent toute trace de leur forfait. Puis ils enfourchèrent leurs chevaux et partirent chacun dans une direction différente.
Au petit matin, ils étaient de retour.
Lorsqu’il devint évident, au bout de quelques heures, qu’Hiram avait disparu, rien ne se passa comme ils l’avaient prévu.
Fou de rage et de chagrin, Salomon ordonna que tous les hommes quittent le Temple sans délai et restent cloîtrés chez eux. Les habitants de Jérusalem furent tenus d’en faire autant sous peine de mort. Seule la garde rapprochée du roi et les chiens errants continuèrent à parcourir les ruelles désertées.
Les trois assassins échappèrent à leur vigilance et parvinrent à s’enfuir loin de la ville.
Salomon fit recouvrir le Temple de milliers de voiles noirs, ainsi que son palais et toutes les maisons de la ville. Il rassembla les Neuf Vénérables, les maîtres formés par Hiram en personne, et les envoya à sa recherche. Chacun d’entre eux prit la tête d’une escouade de soldats du roi.
Jérusalem resta voilée pendant quarante jours et quarante nuits, jusqu’à leur retour. Les Vénérables demandèrent à parler au roi sans autre témoin. Même le Grand Prêtre ne put assister à leur entrevue.
Personne ne sait ce qu’ils lui dirent mais certaines portes du Temple, connues d’un tout petit nombre d’initiés, furent soigneusement scellées et dissimulées. Puis les Vénérables partirent vers des lieux connus d’eux seuls. Le Livre d’Hiram quitta-t-il le Temple à cette occasion ? Nul autre qu’eux ne put l’affirmer ou le contredire avec certitude.
Quand les voiles noirs furent retirés, d’autres bien plus opaques étaient venus occulter le secret de la Parole perdue.
Hiram devint un mythe. Sa mort le rendit éternel. Il faut parfois mourir pour renaître à jamais.
Tous les rameaux plantés sur ses restes s’enracinèrent et se développèrent en acacias, simples et discrets. Peu de ceux qui les voyaient y prêtèrent la moindre attention. Les secrets les mieux cachés sont souvent les plus visibles.
Au fil des siècles, nombreux furent ceux qui tentèrent de retrouver le Livre d’Hiram et nombreux y laissèrent leur vie, en vain. Des croisades furent organisées pour le retrouver, sous prétexte de libérer le Temple de l’occupant turc et de ramener le graal à la Chrétienté.
Seuls les Templiers connaissaient le but réel de ces expéditions : découvrir les derniers secrets du Temple, exhumer la Parole perdue et les remettre au pape en personne. Lorsqu’il le comprit, Philippe le Bel, le bien mal nommé, décida de les exterminer. Il était excédé par leur refus obstiné de révéler ce qu’ils avaient découvert et enrageait de laisser un tel pouvoir à l’Église. Sa cruauté fut aussi démesurée qu’inutile puisqu’en fait, le pape ne savait rien.
Suivant l’exemple héroïque d’Hiram, les chevaliers du Temple préférèrent le supplice et la mort plutôt que la révélation de leurs secrets à des personnes indignes de les apprendre ou incapables de les comprendre. Après une horrible agonie, ils périrent brûlés vifs. Pour une fois, ces bûchers-là n’étaient pas dus à l’Inquisition. Le pape ne put rien faire pour les empêcher.
Plus d’un croisé revenu de Jérusalem se vanta d’avoir mis la main sur le dernier secret d’Hiram. Beaucoup trop pour un seul livre.
Du Temple de Salomon, deux fois détruit et reconstruit, il ne reste qu’un mur. Celui que les Hébreux appellent le Mur de l’Ouest et que le reste du monde surnomme, en un vieux reliquat de mépris banalisé par le temps, le Mur des Lamentations.
Sur les ruines de l’ancien temple, se tient désormais la Mosquée Al Aqsa, dont le nom signifie la lointaine.
À plusieurs dizaines de mètres de profondeur, exactement à l’aplomb du dôme du Rocher, dans une crypte inaccessible autrefois appelée le Saint des Saints, se trouve toujours l’arche d’alliance, transportée à travers le désert du Sinaï pendant quarante ans par les Hébreux qui quittèrent l’Égypte sous la conduite de Moïse, l’un des plus grands mages de l’histoire de l’humanité.
Rares sont les initiés qui connaissent les secrets qu’elle renferme. Plus rares encore sont ceux qui savent où est le Livre d’Hiram.

Anna Galore

Là où tu es

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Le jour par jour

1932   19 avril  

Fernando Botero

  Est un peintre et sculpteur colombien
  Né le 19 avril 1932 à Medellin
 
  S’étant lui-même nommé « le plus colombien des artistes colombiens ».
  Sa carrière débute réellement en 1959 lorsqu’il gagne le premier prix du salon des
  artistes colombiens (Salón de Artistas Colombianos).
 
  
 
  Les anecdotes sur Fernando Botero
  Satirique
 
  L’oeuvre de Fernando est emprunte d’ironie à l’égard du régime colombien. Elle est
  notamment visible dans un de ses tableaux intitulé ‘La Famille du président’ en 1967.
  Terrible épreuve
 
  En 1974, Pedro, le fils de Fernando Botero, âgé de quatre ans, est tué dans un accident
  de voiture. L’artiste est, lui, gravement blessé. Après cette douloureuse épreuve, son
  oeuvre est marquée du souvenir de son enfant.
  Pourquoi pas ?
 
  Fernando Botero a peint Jean-Pierre Raffarin dans un tableau intitulé ‘La Sagesse, la
  Justice et l’Humanisme’. Le peintre apprécie la ‘rondeur’ et le côté ‘indestructible’
  de l’ancien Premier ministre.
  Généreux
 
  En 1977, Fernando Botero offre seize de ses toiles au museo de Antioquia, en Colombie,
  qui lui dédie alors une salle. Sept ans plus tard, il fait encore don d’une série de
  sculptures.
 

La biographie de Fernando Botero

Après la mort de son père, décédé prématurément, Fernando Botero est élevé par son oncle qui l’oblige à devenir torero. Inscrit dans une école de tauromachie, le jeune garçon ne parvient pas à dompter sa peur de l’animal et décide d’arrêter sa formation. Il dessine et se prend d’admiration pour les peintres français comme Toulouse-Lautrec. A dix-neuf ans, il expose pour la première fois ses tableaux à Bogotá, où il s’installe en 1951. Après avoir participé à plusieurs autres expositions, Il reçoit un prix au Salon des artistes colombiens, récompensant son talent. Il obtient alors de l’argent, ce qui lui permet d’entreprendre un voyage à travers l’Europe. Il se rend en Espagne où il tombe amoureux du musée du Prado, en France où il caricature la ‘Mona Lisa’ de Léonard de Vinci, et en Italie où il est hypnotisé par le peintre Piero della Francesca. Homme de toutes les cultures, il s’installe en 1960 à New York où il fait la connaissance un an plus tard de la conservatrice du musée d’art moderne. Celle-ci lui propose d’exposer sa ‘Mona Lisa’, ce qui lui confère une certaine reconnaissance du milieu artistique. Ses tableaux, marqués par des personnages ronds et parfois obèses, célèbrent le plaisir de la chair et la volupté. Il part vivre à Paris et apprend, au milieu des années 1970, la sculpture. Fernando Botero, l’un des artistes les plus reconnus de sa génération, expose ses oeuvres en bronze notamment sur les Champs-Elysées en 1992, à New York en 2006 sur les tortures de la prison d’Abu Ghraib et en 2007 au Musée national des beaux-arts à Québec.

Son style

Il est surtout marqué par la rondeur de ses personnages. L’agrandissement de personnages ou d’objets, la réduction d’autres et l’obésité, ou plutôt la rondeur systématique des formes, constituent un véritable système pictural créé de toutes pièces qui permet l’harmonie du tableau.

Botero, à l’instar d’autres artistes latino-américains de renommée (Rivera, Orozco, Siqueiros) fut influencé par l’art européen. Alors que ces derniers s’inspiraient des révolutions picturales de l’époque, tel le cubisme, le peintre et sculpteur colombien profita de son séjour à Paris pour visiter les musées et s’inspirer des classiques de la Renaissance jusqu’à Ingres.

La beauté et l’amour sont deux exigences primordiales de Botero, qui se définit lui-même en opposition avec Siqueiros, dont la haine est visible à travers ses toiles. Botero, même dans une critique du régime colombien (militarisme et religion), dont il montre clairement la putréfaction, ne va pas au-delà d’une douce ironie (La Familia del presidente, 1967).

 Les citations de Fernando Botero

«Lorsque l’art entre dans une maison, la violence en sort.»
[ Fernando Botero ]

« Je peux dire que je suis l’un des peintres les mieux cotés du monde »
[ Fernando Botero ]

La galerie de Fernando Botero

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les expositions de Fernando Botero

Fernando Botero

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Le jour par jour

1935   18 avril  

Panaït Istrati

  Est un écrivain roumain de langue française, surnommé le Gorki des Balkans.
  Né le 10 août 1884,à Brăila
  Décédé le 18 avril 1935,à Bucarest
 
  "Les chardons du Baragan" de Panaït Istrati
  Roman
  Écrit en 1928, Les Chardons du Baragan est l’une des œuvres les plus magistralement
  composées de Panaït Istrati, et sans doute l’une de celles qui expose le mieux les
  conditions de la vie paysanne roumaine du début du siècle dernier.
 
  « Rêve, pensée, ascension et ventre creux, voilà ce qui donne de la gravité à l’homme
  né sur le Baragan, cette immensité qui cache l’eau dans le tréfonds de ses entrailles
  et où rien ne vient, rien, sauf les chardons. »
 
  Le Baragan, c’est-à-dire les vastes plaines de la Valachie danubienne, une étendue en
  guerre contre l’homme durant toute la durée du printemps et de l’été. Rêvant comme
  seule l’enfance peut le faire, Mataké, le narrateur, décide à l’âge de quinze ans de
  prendre son destin en mains pour tenter d’accéder à une vie meilleure. Dans un petit
  hameau éloigné de sa maison natale, il assiste à la révolte de mars 1907 et à la
  sanglante répression des boyards…
 
  Prenant appui sur le récit initiatique d’un jeune garçon voué par la misère bestiale à
  une existence vagabonde, Panaït Istrati s’attache à décrire les conditions de la
  paysannerie roumaine à l’automne 1906. Dans ce pays qui agonise, où le peuple ressemble
  à un tas de hardes et où la famine est omniprésente, l’opulence affichée de la classe
  dirigeante des propriétaires terriens et des religieux est de plus en plus difficile à
  tolérer.
  « On voyait des paysans, la démarche déséquilibrée, les gestes insensés, la parole
  miaulante, les yeux fureteurs, s’en aller en groupes vers les champs. Ils regardaient
  la belle terre noire, longuement, longuement, comme des hallucinés, et rentraient,
  ivres d’impuissance : ils n’avaient plus de bêtes de somme, plus de forces, point de
  semences et cette terre même ne leur appartenait pas. »
 
  Chef-d’œuvre d’écriture et d’intelligence, Les Chardons du Baragan méritent, à plus
  d’un titre, d’être redécouverts.

 

La biographie de Panaït Istrati

Il naît à Brăila, un port roumain sur le Danube, fils de la blanchisseuse Joiţa Istrate et d’un contrebandier grec.

Élevé à Baldovineşti, village proche de Brăila, il étudie à l’école primaire durant six ans, dont deux années doublées. Il gagne ensuite sa vie comme apprenti d’un cafetier grec, puis d’un pâtissier albanais, devient ensuite marchand ambulant, manoeuvre, soutier à bord des paquebots du SMR. Pendant cette période, il est un lecteur compulsif, et ses voyages le mènent à Bucarest, à Constantinople, au Caire, à Naples, à Paris et en Suisse.

Rattrapé par la misère, malade et seul, il tente de se suicider en janvier 1921 à Nice, mais il est sauvé et on trouve sur lui une lettre non envoyée qu’il avait écrite à Romain Rolland. Celui-ci en est averti, et lui répond promptement en l’encourageant dans sa démarche d’écrivain : J’attends l’œuvre ! Réalisez l’œuvre, plus essentielle que vous, plus durable que vous, dont vous êtes la gousse. En 1923, son récit Kira Kyralina est publié, avec une préface de Rolland.

En 1927, compagnon de route du Parti communiste (il avait depuis longtemps une vive estime pour son compatriote révolutionnaire, Christian Rakovsky), il visite Moscou et Kiev avec l’écrivain grec Nikos Kazantzakis, et en 1929 il voyage à nouveau en Union soviétique. Durant ces séjours il devine derrière l’accueil réservé aux hôtes étrangers, la réalité de la dictature stalinienne, qui lui inspire l’écriture de Vers l’autre flamme, confession pour vaincus, dans lequel, sept ans avant le Retour d’URSS d’André Gide, il dénonce avec une grande virulence l’arbitraire du régime soviétique : « Istrati décrit l’exploitation impitoyable des travailleurs par une bureaucratie prête à tout pour défendre ses privilèges ». L’ouvrage, en trois volumes, est en fait co-écrit avec Boris Souvarine et Victor Serge.

S’ensuit une classique et violente campagne de calomnies menée à son encontre par les intellectuels du PCF, au premier rang desquels Henri Barbusse. Malade et moralement affaibli, il retourne en Roumanie, mais revient à Nice afin d’y soigner une tuberculose, puis repart à Bucarest. Il collabore dans les dernières années de sa vie à la revue La Croisade roumaniste avec des articles dénonçant les injustices sociales de son temps. Il meurt de la tuberculose dans un sanatorium de Bucarest en 1935, vilipendé tant par les communistes qui le traitent de « fasciste » que par les fascistes qui le traitent de « cosmopolite ».

Figure très célèbre de la littérature de l’entre deux guerres, Panait Istrati tombe dans un oubli quasi complet pendant plusieurs décennies ; son œuvre est interdite en France durant la guerre, et en Roumanie durant le régime stalinien. Elle est peu à peu rééditée en France à partir des années 60, à l’initiative de l’association des amis de Panait Istrati, située à Valence, et en Roumanie à partir de 1990.

Œuvres de Panaït Istrati

Recueils de nouvelles en collections de poche : Codine – Mikhaïl – Mes départs – Le Pêcheur d’éponges (La jeunesse d’Adrien Zograffi),
Domnitza de Snagov (Les récits d’Adrien Zograffi),
Kyra Kyralina (Les récits d’Adrien Zograffi),
Oncle Anghel (Les récits d’Adrien Zograffi)
La maison Thüringer – Le bureau de placement – Méditerranée (Lever de soleil) – Méditerranée (Coucher de soleil) (Vie d’Adrien Zogfraffi),

Témoignage : la trilogie de Vers l’autre flamme
  T1 – Après 16 mois dans l’URSS,
  T2 – Soviets 1929, Paris, Les Editions Rieder, 1929
  T3 – La Russie nue, Paris, Les Editions Rieder, 1929

Les citations de Panaït Istrati

« Je suis l’opposant éternel »
[ Panaït Istrati ]

«Dès que l’homme est trop heureux, il reste seul ; et il reste seul, également, dès qu’il est trop malheureux.»
[ Panaït Istrati ] – Extrait de l’ Oncle Aughel

«J’ai envie de croire qu’à la minute où je suis venu au monde, mon premier geste a été d’embrasser la terre. Là-bas, dans le hameau de Baldovinesti, sur l’embouchure du Sereth, la terre a sûrement dû se fourrer en moi, avec la violence de l’amour. Toute la terre! Toutes ses beautés!" Pour avoir aimé la terre ….»

[ Panaït Istrati ] – Extrait "Le pélerin du coeur

La bibliographie de Panaït Istrati

  Oeuvres Tome 1
  de Panaït Istrati
  [Littérature étrangère XXe]
  Résumé du livre
  Se trouve ici rassemblée pour la première fois (et présentée sans tiédeur), l’Oeuvre quasi complète du vagabond roumain (1884 -1935) qui fut en son temps le seul rival sérieux de Jack London – salué jusqu’à nous par quelques lecteurs illustres : Romain Rolland, Joseph Kessel, Kazantzakis, Claudio Magris aujourd’ hui. Soit une quinzaine de titres – romans ou contes autobiographiques, c’est ici tout un – qui ne cessent de clamer à la face du ciel une pouilleuse et princière insoumission. ‘Tu es la flamme, tu comprends tout ce que la flamme peut comprendre ; ta mission n’est pas de faire des théories de papier mâché, mais de brûler. Tu brûles, et tu es brûlé, tu accomplis, comme très peu d’âmes sur cette terre, ton devoir de flamme.’ Nikos Kazantzakis ‘Vagabond, débardeur ou contrebandier – peu importe qui il fut… Il a cette sagesse de l’Orient sur laquelle on a tout écrit… Elle seule peut donner à la fois le sentiment du prix merveilleux des choses et de leur vanité. ‘

  Mes départs
  de Panaït Istrati
  [Roman]
  Commentaire de Mathieu
  Pourquoi ne pas commencer par cet extrait l’œuvre de P. Istrati? Ecrivain populaire par excellence, ses textes regorgent d’aventures, d’émotion et d’humour. Passer des larmes au rire avec ses personnages est une des plus belles expériences littéraires que j’ai connu.

  Petit mot sur le livre
  Gamin dans une petite ville roumaine le long du Danube, le narrateur rêve d’aventures et d’horizons lointains. Curieux et débrouillard, il découvre le monde à travers son Dictionnaire universel et travaille dans un cabaert. Jusqu’au jour où les circonstances le poussent à quitter son pays. Il s’embarque alors en rêvant de la France… Anecdotes savoureuses et personnages hautes en couleur forment la trame des souvenirs de jeunesse de l’écrivain et aventurier Panaït Istrati.

  Codine / Mikhaïl / Mes départs / Le pêcheur d’éponges
  de Panaït Istrati
  [Roman]
  Résumé du livre
  L’enfance et la jeunesse d’Adrien Zograffi se situent dans une misérable banlieue du port de Braïla, sur les bords du Danube. Adrien devient le protégé de Codine, le bon géant. Puis il se fait vagabond et, pendant huit ans, a Mikhaïl pour inséparable compagnon. A Alexandrie, Le pêcheur d’éponges lui raconte sa vie. Chacun de ces textes pourrait lui aussi s’appeler Mes départs. Avec ces quatre titres, qui composent La jeunesse d’Adrien Zograffi, Panaït Istrati, qui ressemble à son héros, nous offre un chant d’amour, de justice et de liberté.

  Kyra Kyralina
  de Panaït Istrati
  [Roman]
  Résumé du livre
  « Serré dans les bras de Kyra, je ne pus voir autre chose, dans cette seconde terrible, que le frère tombant à la renverse et le père qui se jetait par la fenêtre du port ; je fermai les yeux, étouffé ; mais je les rouvris aussitôt, pour voir mon aîné, par terre, la tête éclatée comme une pastèque brisée contre un mur, et les deux oncles déchargeant quatre feux de pistolet sur les traces de mon père, penchés sur la fenêtre par où il venait de se sauver. Me lâchant, Kyra bondit au milieu de la chambre et cria : – Vous l’avez raté ! »

Panaït Istrati

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Le jour par jour

1920   17 avril  

Edmonde Charles-Roux

  Écrivain française
  Née à Neuilly-sur-Seine le 17 avril 1920
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
  L’homme de Marseille 
  Biographie
  L’homme de Marseille: drôle de projet, il faut bien le dire. Raconter l’existence
  d’un homme dont j’ai partagé un grand pan de vie. Commencer tout simplement par
  une enfance heureuse, son enfance. Par ses parents. Par le grand mas épais où il
  est né et qui est demeuré longtemps un point d’ancrage. Dérouler ensuite la bobine
  de soie et de corde, l’étrange tapisserie d’une vie. Grâce à cet homme, comprendre
  une ville : Marseille. L’amour d’une ville, d’un certain parler, d’une certaine
  lumière. Et à partir de cet homme, de cette ville, retracer une vie. Une vie de
  Français pas ordinaire. La vie d’un homme de conviction, l’histoire d’une certaine
  France. Cet homme, c’était Gaston Deferre.

La biographie d’Edmonde Charles-Roux

Edmonde Charles-Roux est la fille de François Charles-Roux, ambassadeur de France, membre de l’Institut de France et dernier président de la Compagnie Universelle du Canal Maritime de Suez.

Edmonde Charles-Roux est au cours du second conflit mondial infirmière ambulancière volontaire, tout d’abord dans une unité de Légion étrangère, le 11e régiment étranger d’infanterie. Elle est blessée à Verdun en portant secours à un légionnaire.

Ensuite, elle entre en Résistance, toujours comme infirmière.

Après le débarquement de Provence, elle est rattachée ensuite à la 5e division blindée où elle exerce encore comme infirmière mais aussi comme assistante sociale divisionnaire. Elle a sous sa tutelle le 1er REC et le RMLE.

Décorée de la Croix de guerre, avec plusieurs citations, elle est faite chevalier de la Légion d’honneur en 1945 et reçoit la distinction de "vivandière d’honneur" du Régiment de marche de la Légion étrangère des mains du colonel Gaultier, chef de corps.

Après avoir retrouvé la vie civile, Edmonde Charles-Roux entre à la rédaction d’un journal en voie de création, un hebdomadaire féminin : Elle. Edmonde Charles-Roux y passe deux ans.

Ensuite, elle travaille à l’édition française du journal Vogue en tant que courriériste, où elle devient rapidement rédactrice en chef, et le demeure pendant 16 ans.

Sa direction marque une profonde rupture dans le contenu et la mise en page du magazine.

La lecture de Vogue démocratise le luxe tout en donnant l’accès aux artistes les plus novateurs de l’époque, qu’il s’agisse d’écrivains comme François-Régis Bastide, Violette Leduc ou François Nourissier, ou de photographes comme Guy Bourdin, Henri Clarke ou William Klein, ou encore des créateurs Christian Dior, Yves Saint Laurent et Emanuel Ungaro. En alliant prêt-à-porter et Pop Art, Edmonde Charles-Roux ne traite la mode qu’en la mettant en relation étroite avec toute autre forme de création. Elle quitte Vogue en 1966 dans un souffle de scandale pour avoir voulu imposer une femme de couleur en couverture du magazine.

Trois mois plus tard, toujours en 1966, Edmonde Charles-Roux signe "Oublier Palerme" et en obtient le Prix Goncourt. Elle rencontre Gaston Defferre la même année et l’épouse en 1973.

Edmonde Charles-Roux connaît par la suite une carrière littéraire marquée notamment par "Elle Adrienne" roman paru en 1971, "L’Irrégulière", sur Coco Chanel paru en 1974 et la biographie d’Isabelle Eberhardt en deux tomes, "un Désir d’Orient" et "Nomade j’étais", parus en 1988 et 1995 respectivement.

Edmonde Charles-Roux est aussi connue pour la publication de ses récits-photo sur la vie de Gaston Deferre "L’Homme de Marseille" en 2001, ou de celle de Coco Chanel le "Temps Chanel" en 2004.

Enfin, elle signe les livrets de plusieurs ballets de Roland Petit parmi lesquels Le Guépard et Nana.

Membre de l’Académie Goncourt en 1983, elle en devient la présidente en 2002.

Edmonde Charles-Roux honore la Légion étrangère de son implication auprès des légionnaires les plus démunis depuis plus de 60 ans et reçoit en 2007 la distinction et le grade de Caporal d’Honneur de la Légion étrangère.

Depuis mars 2008, elle fait partie de la Commission présidée par Hugues Gall et chargée par Christine Albanel, ministre de la Culture, de pourvoir le poste de directeur de la Villa Médicis à Rome.

Œuvres d’Edmonde Charles-Roux

Oublier Palerme, prix Goncourt 1966
Elle, Adrienne, 1971
L’Irrégulière ou mon itinéraire Chanel, 1974
Stèle pour un bâtard, 1980
Une enfance sicilienne, 1981
Un désir d’Orient, tome I de la biographie d’Isabelle Eberhardt, 1989
Nomade j’étais, tome II, 1995
L’homme de Marseille, 2003
Isabelle du désert, volume regroupant «Un désir d’Orient» et «Nomade, j’étais», 2003
Le Temps Chanel, Album photographique, 1979,

Nomade j’étais, est traduit en langue arabe par Farhat Barouni, et est sorti à Tunis,
Oublier Palerme est traduit en chinois,

Les citations d’Edmonde Charles-Roux

«Les miracles, cela arrive, ou presque.»
[ Edmonde Charles-Roux ] – Une enfance sicilienne

«Pour avoir l’air d’un Chinois en Chine, il ne faut jamais rougir.»
[ Edmonde Charles-Roux ] – Guide du savoir-vivre

« Je ne suis pas sortie parce que j’avais besoin de faire la mode, confia-t-elle à Morand, j’ai fait la mode justement parce que je sortais, parce que j’ai vécu la vie du siècle. »
[ Edmonde Charles-Roux ]

La bibliographie d’Edmonde Charles-Roux

  Le temps Chanel
  d’Edmonde Charles-Roux
  [Beaux-Arts]
  Résumé du livre
  Elle s’appelait Gabrielle et elle allait révolutionner l’allure des femmes. On la surnomma Coco puis Mademoiselle Chanel, consacrant ainsi une icône de la mode au XXe siècle. Edmonde Charles-Roux, romancière, présidente de l’Académie Goncourt, est partie à la recherche de cette femme singulière, séductrice, artisane, femme d’affaires et visionnaire. Elle retrace ses débuts de modiste, son ascension vertigineuse, nous dépeint ses proches, ses amies, ses amants, nous révèle ses sujets d’inspiration, nous montre toute son audace créatrice. Elle recrée aussi toute une époque en évoquant la condition des femmes, les moeurs et les modes, et s’attache aux grandes figures de la vie artistique et littéraire.

  Oublier Palerme
  d’Edmonde Charles-Roux
  [[Littérature française XXe]]
  Résumé du livre
  Babs travaille dans la rédaction d’un magazine à New York et semble prise au piège de ce petit univers, soumis aux règles de l’arrivisme et de l’hypocrisie. Ce monde, Gianna Meri, une Palermitaine amie de Babs, le refuse. Contrainte à s’exiler après la guerre, elle ne parvient pas à s’insérer dans cette ville trop grande, trop symétrique. Face à elle, Babs et Carmine Bonnavia cherchent à oublier leurs racines et à s’assimiler à cette société américaine. Pourtant, la Sicile est plus forte et parvient toujours à reprendre les siens.

  Elle, Adrienne
  d’Edmonde Charles-Roux
  [Roman]
  Résumé du livre
  Les incertitudes de la vie en Europe Centrale ont fait d’Ulric Muhlen, gentilhomme tchèque, un officier dans l’armée allemande. La seconde guerre mondiale et le déferlement nazi en feront un envahisseur peu convaincu puis un vainqueur sceptique. C’est à Paris, dans un de ces salons qui s’ouvraient aux Allemands et aux tenants de la politique de collaboration, qu’il rencontre Adrienne. Qui est cette femme ? Le saura-t-il jamais. Elle est belle, libre, indépendante, elle a un métier et son talent de couturière lui confère une grande renommée. Ulric l’aimera de passion. Mais jamais il ne par-viendra à percer son mystère et c’est en vain qu’il tentera de la comprendre, en vain qu’il cherchera à reconstituer le passé de celle dont il subit l’envoûtement. Adrienne incarnera toujours la conquête impossible. Serge, le neveu d’Adrienne, en sait-il davantage ? Lui aussi éprouve pour elle un sentiment proche de l’amour. Enfant il l’admirait, adolescent il la désire. C’est Adrienne qui l’a conduit à Marseille par les routes bouleversées de l’exode et c’est là qu’elle l’a laissé. Et c’est le silence. Que fait-elle à Paris ? Qui aime-t-elle ? Serge ressentira douloureusement « la trahison » d’Adrienne. Il en aura connaissance alors que ses dix-sept ans se rebellent et l’inclinent vers la Résistance. L’initiation de Serge à l’action clandestine, son apprentissage de la révolte, Marseille lui apparaissant enfin sous son vrai jour, refuge des victimes d’un monde en diaspora, l’admirable amitié qui, jusqu’au combat final, le lie à Miguel, le républicain d’Espagne, le tableau de la vie des émigrés, le soulèvement de la ville à l’heure du débarquement allié. Ulric devenu un homme entre deux mon-des, drame qu’Elle, Adrienne, exprime encore mieux peut-être qu’Oublier Palerme, font de ce roman, en même temps qu’une double histoire d’amour, une véritable biographie d’une Europe dis-parue : celle des années quarante.

  L’irrégulière
  d’Edmonde Charles-Roux
  [Roman]
  Résumé du livre
  Mystérieuse pour les plus intimes, acharnée à effacer toute trace de son passé, de ses origines, de sa famille même, Gabrielle Chanel aura été tout au long de son existence une « irrégulière » dans une société conformiste, et peut-être ne faut-il pas chercher ailleurs le secret sa prodigieuse réussite. Suivant l’itinéraire inverse de celui qui l’a menée à Elle, Adrienne, roman dont la célèbre couturière était l’inspiratrice et non le modèle – on trouvera ici de nombreuses « clés » surprenantes ?, Edmonde Charles-Roux a voulu en savoir davantage. Cette biographie passionnante prend parfois les allures d’une enquête policière, ou presque d’un roman d’espionnage. Il a fallu déblayer une vie entière de mensonges ou d’aveux subtilement travestis pour nous montrer la fillette de forains cévenols, née par hasard à Saumur, l’orpheline oubliée dans un couvent de Corrèze, la petite pensionnaire des chanoinesses de Moulins, qui n’allait pas tarder à devenir « poseuse » dans un beuglant de la garnison, où elle chantait « Qui qu’a vu Coco dans l’Trocadéro ? ». « Gomeuse » à Vichy, et même donneuse d’eau, celle à qui ses nombreux amis donnaient dès vingt ans son surnom devait faire son chemin. « Irrégulière », certes ? au sens équivoque et proustien du terme – mais toujours marginale, indépendante, ambitieuse, et déjà sûre de son destin d’exception. Car Chanel n’a pas été une femme entretenue ?? comme bien d’autres. Si Etienne Balsan ? qui l’initia au monde des chevaux ? puis l’Anglais Arthur Capel l’ont aidée à fonder sa première maison de couture, pendant la guerre de 1914, elle n’a eu de cesse qu’elle ne soit elle-même, et rien qu’elle-même. En quelques années, elle sera devenue, pour toute une génération, le pôle d’attraction de l’époque. Mais Chanel, souveraine autoritaire d’un immense empire, aura été solitaire. Tous ceux qui ont compté dans son existence, grand-duc ou poète, lord milliardaire ou trop séduisant officier de la Wehrmacht, n’ont jamais pu s’y faire une place définitive, comme si une sorte de fatalité lui avait interdit cette réussite-là. L’ « Irrégulière », même riche et fêtée, n’était pas de celles qu’on épouse.

  Nomade j’étais
  d’Edmonde Charles-Roux
  [Roman]
  Résumé du livre
  En 1899, Isabelle Eberhardt débarque sur la terre africaine. Durant les quatre années qui lui restent à vivre, « entrée en nomadisme comme on entre en religion », la jeune femme va inlassablement parcourir le Maghreb, s’en-fonçant dans les déserts, prenant tous les risques, provoquant l’indignation des colons aussi bien que l’admiration d’un Lyautey…
Etait-elle une insoumise ? une aventurière ? une mystique attirée par l’Islam ? En romancière pénétrante, fascinée par son personnage, Edmonde Charles-Roux nous fait à merveille sentir les richesses de cette prodigieuse personnalité. Autour de son héroïne, elle déploie les décors grandioses, les traditions, les scandales aussi de cette Algérie coloniale, où sont déjà perceptibles la révolte et la passion religieuse qui ont, depuis lors, tragique-ment écrit son histoire.

  Un désir d’orient
  d’Edmonde Charles-Roux
  []
  Résumé du livre
  Depuis longtemps, le destin d’Isabelle Eberhardt (1877-1904) hésite entre une histoire et une légende dont personne, à ce jour, n’avait osé explorer toutes les énigmes. Que savait-on, en effet, de cette jeune femme d’origine russe qui décida, par défi, de se convertir à l’Islâm et de rompre avec les mœurs de son temps? Qui choisit, par goût de la transgression, de porter des vêtements d’homme avant de devenir, sous le nom de Mahmoud, cette rebelle qui fascina Lyautey? Pour la première fois, on va donc la découvrir telle qu’elle fut, éprise d’absolu et proche du Rimbaud qui avait voulu, comme elle, se perdre dans un désert.
Pour Edmonde Charles-Roux, il y avait là toute la matière d’un prodigieux roman vrai. A travers des archives inédites, elle a ainsi recomposé l’itinéraire tumultueux d’une héroïne « irrégulière » et mystique. Complice, elle l’a suivie depuis sa naissance sur les rives du lac Léman jusqu’à l’instant où Isabelle accepte d’assumer le « désir d’Orient » qui la hante. On voit alors, dans une prodigieuse résurrection, toutes les figures dostoïevskiennes qui ont accompagné sa jeunesse et forgé son insoumission. De la Russie des tsars à Genève puis à Marseille, de la diaspora anarchiste aux milieux littéraires, de l’exil à la révolte, c’est toute une époque qui, soudain, se révèle dans la féconde effervescence d’un Occident qui va changer le siècle. Isabelle Eberhardt voulait écrire et se battre. Elle voulait tout vivre et tout connaître. Elle fera de son oeuvre un combat et, de sa vie, un chef-d’œuvre.

  Une enfance sicilienne
  d’Edmonde Charles-Roux
  [Roman]
  Résumé du livre
  La Sicile du début du siècle, ses palais, ses jardins, ses fêtes, ses moeurs qui semblent plonger dans un passé fabuleusement éloigné, sa splendeur et sa folie, voilà qui nous est restitué dans ce livre unique, écrit parle duc Fulco di Verdura en son âge avancé, moins pour faire oeuvre littéraire que pour conserver dans le souvenir une époque à jamais révolue. Edmonde Charles-Roux amis toute sa connaissance de la Sicile et tout son talent de romancière à traduire et à adapter, quand il le fallait, ce texte d’un délicieux anachronisme qui emportera le lecteur dans un monde drôle, savoureux, exotique. Il y apprendra comment on élevait un jeune aristocrate à Palerme avant la Première Guerre mondiale; quelle impression mémorable causa l’arrivée d’un chameau dans la maison paternelle; pourquoi et comment sainte Rosalie est devenue la patronne et protectrice de la capitale sicilienne; quelle fonction symbolique était assignée aux cinq rangées de loges de l’Opéra; et mille autres détails qui lé plongeront dans ce même univers merveilleux où le prince de Lampedusa avaii déjà puisé la matière de son Guépard. Ce témoignage écrit avec fraîcheur et malice sur une des provinces les plus curieuses dé l’Europe est fait pour émouvoir, divertir, enchanter quiconque aime se dépayser par les livres. Quel plus beau voyage rêver que cette remontée capiteuse jusqu’aux temps où Palerme vivait les dernières heures d’une civilisation à nulle autre pareille et d’autant plus éclatante que les rayons du déclin la touchaient ?

Edmonde Charles-Roux

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Le jour par jour

1644   16 avril  

Anatole France

  De son nom exact François-Anatole Thibault
  Est un écrivain français,
  Né le 16 avril 1844 à Paris, quai Malaquais,
  Décédé le 12 octobre 1924 à Saint-Cyr-sur-Loire (Indre-et-Loire).
 
  Il est considéré comme l’un des plus grands écrivains de la Troisième République dont
  il fut également l’un des plus importants critiques littéraires, et comme l’une des
  consciences les plus significatives de son temps, s’engageant en faveur de nombreuses
  causes sociales et politiques du début du XXe siècle. Lauréat du Prix Nobel de
  littérature en 1921

La biographie d’Anatole France

Issu d’une modeste famille paysanne d’Anjou, son père, Noël France, d’abord sous-officier légitimiste, démissionna au lendemain de la Révolution de 1830. Il tint sur le quai Malaquais, à Paris, une librairie (d’abord librairie France-Thibault, puis France) spécialisée dans les ouvrages et documents sur la Révolution française, fréquentée par de nombreux écrivains et érudits, comme les frères Goncourt. Le nom d’Anatole France lui vient ainsi de son père. C’est un diminutif de François. Élevé dans la bibliothèque paternelle, Anatole en garda le goût des livres et de l’érudition, ainsi qu’une connaissance intime de la période révolutionnaire, arrière-plan de plusieurs de ses romans et nouvelles, dont Les dieux ont soif qui est considéré comme son chef d’œuvre.

De 1853 à 1862, Anatole France fait ses études à l’institution Sainte-Marie et au collège Stanislas. Bien qu’il soit un élève peu doué et souffrant d’être pauvre dans un milieu riche, il est remarqué pour ses compositions, dont La Légende de sainte Radegonde qui sera éditée par la librairie France et publiée en revue. Il obtient son baccalauréat en 1864.

À partir du début des années 1860, il travaille pour diverses libraires et revues, mais refuse de prendre la suite de son père, qui juge très négativement les « barbouillages » de son fils. Sa carrière littéraire commence par la poésie ; amoureux de l’actrice Élise Devoyod, il lui dédie quelques poèmes, mais elle le repoussera en 1866. Il est disciple de Leconte de lisle, avec qui il travaillera quelque temps comme bibliothécaire au Sénat. Il fait partie du groupe du Parnasse à partir de 1867.

En 1876, il publie Les Noces corinthiennes chez Lemerre, éditeur pour lequel il rédige de nombreuses préfaces à des classiques (Molière par exemple) ainsi que pour Charavay ; certaines de ces préfaces seront réunies dans Le Génie Latin. La même année, il devient commis-surveillant à la Bibliothèque du Sénat.

Anatole France se marie en 1877 avec Valérie Guérin de Sauville (voir famille Mesnil) dont il aura une fille, Suzanne, née en 1881 et qui mourra en 1918. Les relations de France avec les femmes furent toujours difficiles. Ainsi avait-il, dans les années 1860, nourri un amour vain pour Elisa Rauline puis pour Elise Devoyod. En 1888, il engage une liaison avec Madame Arman de Caillavet, qui tient un célèbre salon littéraire de la Troisième République ; cette liaison durera jusqu’à la mort de celle-ci en 1910, peu après une tentative de suicide suite à une autre liaison de France avec une actrice lors d’un voyage en Amérique du Sud. Madame Arman de Caillavet lui inspire Thaïs (1890) et Le Lys rouge (1894). France quitte le domicile conjugal en 1892 et enverra une lettre de séparation à sa femme. Le divorce sera prononcé à ses torts l’année suivante. Par la suite, France aura de nombreuses liaisons, comme celle avec Mme Gagey qui se suicidera en 1911 France s’est orienté tardivement vers le roman et connaît son premier succès public à 37 ans, en 1881, avec Le Crime de Sylvestre Bonnard, couronné par l’Académie française. Cette œuvre est remarquée pour son style optimiste et parfois féerique qui tranche avec le naturalisme qui règne alors.

Il devint en 1887 critique littéraire du prestigieux Temps.

Anatole France est élu à l’Académie française le 23 janvier 1896, au Fauteuil 38, où il succède à Ferdinand de Lesseps. Il y est reçu le 24 décembre 1896.

Devenu un écrivain reconnu, influent et riche, Anatole France s’engage en faveur de nombreuses causes. Il tient plusieurs discours dénonçant le génocide arménien et soutient Archag Tchobanian, rejoint Émile Zola, avec qui il s’est réconcilié, lors de l’affaire Dreyfus ; au lendemain de la publication de J’accuse, il signe, quasiment seul à l’Académie française, la pétition demandant la révision du procès. Il rend sa Légion d’honneur après qu’on l’a retirée à Zola et refuse longtemps de siéger sous la Coupole. Il participe à la fondation de la Ligue des droits de l’homme. Son engagement dreyfusard se retrouve dans les quatre tomes de son Histoire Contemporaine (1897 – 1901), chronique des mesquineries et des ridicules d’une préfecture de province au temps de l’Affaire. C’est dans cette œuvre qu’il forge le terme xénophobe.

France s’engage pour la séparation de l’Église et de l’État, pour les droits syndicaux, contre les bagnes militaires. Au début de la Première Guerre mondiale, il écrit des textes guerriers et patriotes, qu’il regrettera par la suite, mais milite en faveur d’une paix d’amitié entre Français et Allemands, ce qui suscitera l’indignation et l’hostilité, et lui vaudra des lettres d’insultes et des menaces de mort. Il prend position en 1919 contre le Traité de Versailles, signant la protestation du groupe Clarté intitulée « Contre une paix injuste », et publiée dans l’Humanité, 22 juillet 1919.

Ami de Jaurès et de Pressensé, il collabore dès sa création à l’Humanité, en publiant Sur la pierre blanche dans les premiers numéros. Proche de la SFIO, il est plus tard critique envers le PCF. S’il écrit un Salut aux Soviets, dans L’Humanité de novembre 1922, il proteste contre les premiers procès faits aux socialistes révolutionnaires en envoyant un télégramme dès le 17 mars. À partir de décembre 1922, il est exclu de toute collaboration aux journaux communistes. Anatole France, tout en adhérant aux idées socialistes, s’est ainsi tenu à l’écart des partis politiques, ce dont témoignent ses romans pessimistes sur la nature humaine, tels que L’Île des pingouins et surtout Les dieux ont soif (publié en 1912) qui, à cause de sa critique du climat de Terreur des idéaux utopistes, fut mal reçu par la gauche.

Il se marie en 1920 avec Emma Laprévotte. Il est lauréat en 1921 du prix Nobel de littérature pour l’ensemble de son œuvre, et le reçoit à Stockholm le 10 décembre.

En 1922, l’ensemble de ses œuvres (opera omnia) fait l’objet d’une condamnation papale (décret du 31 mai 1922).

Pour son 80e anniversaire, au lendemain de la victoire du Cartel des gauches, il assiste à une manifestation publique donnée en son honneur le 24 mai 1924 au palais du Trocadéro. Il meurt le 17 octobre à La Béchellerie, commune de Saint-Cyr-sur-Loire, et des funérailles modestes sont célébrées le 1924. Il est enterré à Neuilly-sur-Seine, auprès de ses parents

Œuvres d’Anatole France

Poésies

Poèmes dorés (1873)
Les Noces corinthiennes (1876), drame antique en vers

Romans et nouvelles

Jocaste et Le Chat maigre (1879)
Le Crime de Sylvestre Bonnard, membre de l’Institut (1881), qui reçoit le prix de l’Académie française.
Les Désirs de Jean Servien (1882)
Abeille, conte (1883)
Balthasar (1889)
Thaïs (1890), (PG), qui a fourni l’argument au Thaïs de Jules Massenet
L’Étui de nacre (1892), recueil de contes
La Rôtisserie de la reine Pédauque (1892)
Les Opinions de Jérôme Coignard (1893)
Le Lys rouge (1894), roman
Le Jardin d’Épicure (1895), (PG)
Le Puits de Sainte Claire (1895)
L’Histoire contemporaine
  L’Orme du mail (1897), (L’Histoire contemporaine, I)
  Le Mannequin d’osier (1897), (L’Histoire contemporaine, II)
  L’Anneau d’améthyste (1899), (L’Histoire contemporaine, III)
  Monsieur Bergeret à Paris (1901), (L’Histoire contemporaine, IV), (PG) Clio (1900)
Le Procurateur de Judée (1902)
Histoires comiques (1903)
Sur la pierre blanche (1905), (PG)
L’Affaire Crainquebille (1901)
L’Île des Pingouins (1908), (PG)
Les Contes de Jacques Tournebroche (1908)
Les Sept Femmes de Barbe bleue et autres contes merveilleux (1909)
Les dieux ont soif (1912)
La Révolte des anges (1914)

Souvenirs

Le Livre de mon ami (1885)
Pierre Nozière (1899)
Le Petit Pierre (1918)
La Vie en fleur (1922)

Théâtre

Au petit bonheur, un acte (1898)
Crainquebille, pièce (1903)
La Comédie de celui qui épousa une femme muette, deux actes (1908)
Le Mannequin d’osier, comédie (1928)

Les citations d’Anatole France

«Manger est bon. Avoir mangé est meilleur.»
[ Anatole France ] – Les pensées de Riquet

«A mesure qu’on s’avance dans la vie, on s’aperçoit que le courage le plus rare est celui de penser.»
[ Anatole France ] – La vie littéraire

«Une femme sans poitrine, c’est un lit sans oreillers.»
[ Anatole France ]

«On appelle gens de bien ceux qui font comme les autres.»
[ Anatole France ] – Crainquebille, Putois, Riquet

«En amour, une femme se prête plutôt qu’elle se donne.»
[ Anatole France ]

«Ce qu’on appelle stratégie consiste essentiellement à passer les rivières sur des ponts et à franchir les montagnes par les cols.»
[ Anatole France ]

«Il faut renoncer à savoir, mais il ne faut pas renoncer à juger.»
[ Anatole France ] – Crainquebille

«Les rêves des philosophes ont de tout temps suscité les hommes d’action qui se sont mis à l’oeuvre pour les réaliser. Notre pensée crée l’avenir.»
[ Anatole France ]

«Nous vivons trop dans les livres et pas assez dans la nature.»
[ Anatole France ] – Le jardin d’Epicure vv «Un dictionnaire, c’est tout l’univers par ordre alphabétique.»
[ Anatole France ]

«Le passé, c’est la seule réalité humaine. Tout ce qui est, est passé.»
[ Anatole France ]

«Une femme est franche quand elle ne fait pas de mensonges inutiles.»
[ Anatole France ]

«Le présent est aride et trouble, l’avenir est caché. Toute la richesse, toute la splendeur, toute la grâce du monde est dans le passé.»
[ Anatole France ] – La vie en fleur

«Les grandes oeuvres de ce monde ont toujours été accomplies par des fous.»
[ Anatole France ] – Le lys rouge

«Tout est dans la forme, et il n’y a entre le crime et l’innocence que l’épaisseur d’une feuille de papier timbré.»
[ Anatole France ] – Crainquebille

«Dans l’instinct est la seule vérité.»
[ Anatole France ]

«Celui qui se contredit a plus de chances qu’un autre d’exprimer quelquefois du vrai.»
[ Anatole France ]

«C’est la certitude qu’ils tiennent la vérité qui rend les hommes cruels.»
[ Anatole France ] – Les dieux ont soif

«Les poètes nous aident à aimer : ils ne servent qu’à cela. Et c’est un assez bel emploi de leur vanité délicieuse.»
[ Anatole France ] – Le jardin d’Epicure

«Ce qui fait qu’on désire et qu’on aime, c’est une force douce et terrible, plus puissante que la beauté.» [ Anatole France ] – Le lys rouge «Nous appelons dangereux ceux qui ont l’esprit fait autrement que nous et immoraux ceux qui n’ont pas notre morale.»
[ Anatole France ] – Le jardin d’Epicure

«Nous ne savons pas quoi faire de cette courte vie, et pourtant nous en désirons une autre qui soit éternelle.»
[ Anatole France ]

«Les livres d’histoire qui ne contiennent aucun mensonge sont très ennuyeux.»
[ Anatole France ]

«L’homme ne croit pas ce qui est, il croit ce qu’il désire qui soit.»
[ Anatole France ] – Dernières pages inédites

«La loi, dans un grand souci d’égalité, interdit aux riches comme aux pauvres de coucher sous les ponts, de mendier dans les rues et de voler du pain.»
[ Anatole France ]

«On ne s’ennuie pas quand on a des ennuis.»
[ Anatole France ]

«L’ignorance est la condition nécessaire du bonheur des hommes et il faut reconnaître que le plus souvent, ils la remplissent bien.»
[ Anatole France ] – Les dieux ont soif

«La république… la corruption sans doute y paraît plus grande que dans les monarchies. Cela tient au nombre et à la diversité des gens qui sont portés au pouvoir.»
[ Anatole France ] – L’Orme du mail

«Le poète a inventé la nymphe mais la nature avait déjà créé l’océan, le nuage et la femme.»
[ Anatole France ] – Le livre de mon ami

«Comment voulez-vous que la postérité juge équitablement tous les morts ? Comment les interroger dans l’ombre où ils fuient ? Dès qu’on pourrait être juste envers eux, on les oublie.»
[ Anatole France ] – Putois

«J’aime la vérité. Je crois que l’humanité en a besoin ; mais elle a bien plus grand besoin encore du mensonge qui la flatte, la console, lui donne des espérances infinies. Sans le mensonge, elle périrait de désespoir et d’ennui.»
[ Anatole France ] – La Vie en fleur

«Les hommes furent jadis ce qu’ils sont à présents, c’est-à-dire médiocrement bons et médiocrement mauvais.»
[ Anatole France ]

«Il faut qu’une femme choisisse : avec un homme aimé des femmes, elle n’est pas tranquille ; avec un homme que les femmes n’aiment pas, elle n’est pas heureuse.»
[ Anatole France ]

«La raison est ce qui effraie le plus chez un fou.»
[ Anatole France ] – Monsieur Bergeret à Paris

«Les perceptions des sens et les jugements de l’esprit sont des sources d’illusion et des causes d’incertitude.»
[ Anatole France ] – Crainquebille

«Nous mettons l’infini dans l’amour. Ce n’est pas la faute des femmes.»
[ Anatole France ]

«La sympathie est le doux privilège de la médiocrité.»
[ Anatole France ]

«Toute beauté morale est accomplie en ce monde par cette sagesse inconcevable qui vient de Dieu et ressemble à la folie.»
[ Anatole France ] – Le Lys Rouge

«L’artiste doit aimer la vie et nous montrer qu’elle est belle. Sans lui, nous en douterions.»
[ Anatole France ] – Le jardin d’Epicure

«Faute de pouvoir vivre davantage, elle se disposait à aller voir si Dieu gagne à être connu.»
[ Anatole France ] – La vie littéraire

La bibliographie d’Anatole France

  Les Dieux ont soif
  d’Anatole France
  [Littérature classique]
 
  Les dieux ont soif.
 
  Les dieux ont soif est un roman paru en 1912, décrivant les années
  noires de la Terreur à Paris, France, entre l’an II et III (1793 et 1794).
  Sur fond d’époque révolutionnaire, Anatole France, qui pensait d’abord écrire
  un livre sur l’inquisition, développe ses opinions sur la cruauté de la nature
  humaine et sur la dégénérescence des idéaux de lendemains meilleurs.
 
  Le personnage principal, Evariste Gamelin, un fanatique révolutionnaire, et les autres
  personnages sont tous entraînés par la mécanique tragique d’un pouvoir absolu altéré de
  sang, et France les peint avec leurs soucis et leurs plaisirs quotidiens, avec parfois
  un sens du détail sordide qui révèle la perversité des instincts humains. Les acteurs
  et responsables de la Terreur, dirigeant le pays avec des idées abstraites, veulent
  faire le bonheur des hommes malgré eux. Evariste Gamelin, peintre raté, devient un juré
  du Tribunal révolutionnaire, condamnant à mort avec indifférence. Il sera victime lui
  aussi de cette logique terroriste. À côté de ce jeu du pouvoir et de la mort, la vie et
  la nature poursuivent leur cycle, incarné par la maîtresse de Gamelin, Elodie.
 
  « C’est un grand analyste d’illusions. Il en pénètre et en sonde les plus secrets
  replis comme s’il s’agissait de réalités faites de substances éternelles. Et c’est en
  quoi consiste son humanité : elle est l’expression de sa profonde et inaltérable
  compassion. » Joseph Conrad
 

  Crainquebille
  d’Anatole France
  [Roman]
  Résumé du livre
  Il n’y a pas si longtemps, Paris était encore sillonné par des marchands dits des quatre-saisons, qui poussaient une voiturette chargée de fruits ou de légumes. Ils ont disparu, chassés par la densité de la circulation et l’obligation où nous nous croyons de la rendre fluide à tout prix. C’est à cette nécessité, justement, que le marchand Crainquebille doit son horrible mésaventure. Aurait-elle pris pareille tournure si les gens ne tenaient pas compte uniquement de ce qu’ils ont eux-mêmes en tête sans cher-cher à voir clair ni approfondir les choses ? Ce qui est tragique quand il s’agit de justice comme pour Crainquebille devient troublant pour Monsieur Thomas et franchement comique quand cela contribue à l’existence du jardinier Putois.
  Oui, les hommes sont des dieux redoutables et bizarres. Riquet, le chien de M. Bergeret, a raison de le penser. Son maître en donne l’ironique démonstration dans La Cravate aussi bien que dans Emile, mais des forces obscures accroissent parfois leur étrangeté s’il faut en croire Adrienne Buquet ou l’histoire de La Pierre gravée. Observations aiguës, propos moqueurs et inventions plaisantes sont, comme toujours chez Anatole France, la moisson de ces seize " récits profitables ".

  L’anneau d’améthyste
  d’Anatole France
  [Roman]
  Résumé du livre
  Mme Bergeret ayant quitté la petite ville de X… où elle est trop restée d’un jour » puisqu’une conduite imprudente lui * fait perdre, à 14 dernière minute, la bonne réputation que n’avait pas entamée sa trahison domestique, la scène multiple de L’Anneau d’améthyste ? suite du Mannequin d’osier ?présente les personnages les plus représentatifs du département : aux types dessinés dans les deux volumes précédents ? notamment l’abbé Lantaigne et l’abbé Guitrel, qui briguent, l’un et l’autre, le siège épiscopal de Tourcoing, le préfet et sa femme, le général en retraite, le médecin, l’archiviste, viennent s’ajouter de nouvelles figures parmi lesquelles le châtelain de vieille souche et une famille fort riche d’israélites convertis. Deux silhouettes de femmes, charmantes et désirées, embellissent cette chronique, exacte et romanesque, de la France à la fin du XIX, siècle. A la fin du livre, l’évêché de Tourcoing est pourvu d’un titulaire à !a main duquel brillera d’un éclat surprenant l’anneau d’améthyste…

  Le crime de Sylvestre Bonnard
  d’Anatole France
  [Roman]
  Résumé du livre
  M. Sylvestre Bonnard, membre de l’Institut, historien et philologue, est un savant voué à une érudition dont il lui arrive de sourire : « Savoir n’est rien -dit-il un jour – imaginer est tout. » Il passe sa vie au milieu de ses livres, la fameuse cité des livres quand il ne cherche pas en Sicile, puis à Paris, le précieux manuscrit de la Légende dorée que le sort bienveillant remet un jour entre ses mains. L’enchaînement des circonstances le met en présence de la petite fille d’une femme qu’il a aimée d’un amour discret et, pour soustraire cette enfant mineure à un tuteur abusif, il l’enlève, ce qui tombe sous le coup de la loi. Par la suite, la jeune fille épouse un disciple de l’excellent M. Bonnard qui a négligé le code avec une généreuse inconscience. De ce roman spirituel et tendre, grave aussi, émane un charme tout particulier dû à la simplicité de l’entretien, à l’intimité créée entre l’auteur et le lecteur par le moyen d’une poésie pénétrante.

  Le livre de mon ami
  d’Anatole France
  [ Jeunesse ]
  Résumé du livre
  Le docteur Nozière ayant élu» domicile sur le quai Malaquais, le petit Pierre – son fils – a eu la chance merveilleuse de vivre ses premières années entre la Seine et l’Institut, avec leur peuple de bouquinistes et de savants, dans une de ces maisons de pierre où les appartements vastes et hauts de plafond pouvaient receler des collections d’ethnologie dignes du Muséum et donnaient sur des cours pleines du fracas des chevaux et des jurons de; palefreniers. On n’y entend plus que des pétarades de moteur et une plaque rappelle, sur le quai rebaptisé, qu’Anatole France a vécu là. En effet, Le Livre de mon ami est un recueil de souvenirs d’enfance, vrais ou rêvés, un des plus délicieux jamais composés sur ce temps où l’enfant découvre peu à peu le monde qui l’entoure.

  Le lys rouge
  d’Anatole France
  [Roman]
  Résumé du livre
  Le Lys rouge un des grands romans d’amour de la littérature française – c’est d’abord, dans le cadre de Florence, « la ville incomparable », puis à Paris, l’histoire d’un couple que réunit la passion la plus violente et que déchire la jalousie. C’est aussi, dans l’œuvre d’Anatole France, un livre d’un ton tout particulier : le créateur de Jérôme Coignard, héros disert de La Rôtisserie de la reine Pédauque, publiée un an auparavant, en 1893, se révélait, dans Le Lys rouge, un homme douloureux, tourmenté, très différent du personnage érudit et sceptique, du « bénédictin narquois » auquel le public était accoutumé. Pour Thérèse Martin-Bellème comme pour Jacques Dechartre, « l’amour est la moins mondaine, la plus antisociale, la plus sauvage des passions ». Passion que France a située dans un cadre mondain, à présent évocateur d’un milieu et d’une époque, comme le fit Marcel Proust sous un autre éclairage. Si Le Lys rouge a gardé sa forme inapaisée, il le doit sans doute ce qu’il est l’évocation et le reflet d’un amour vécu, celui qui a lié de nombreuses années Anatole France à son amie Mme de Caillavet.

Anatole France

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