Le jour par jour

1897   9 juillet  

Jean Cassou

  Est un écrivain, résistant, critique d’art et poète français.
  Né le 9 juillet 1897 à Deusto, près de Bilbao (Espagne)
  Décédé le 18 janvier 1986 à Paris
 
 
 
 
 
 
 
 

La biographie de Jean Cassou

Poète, romancier, critique et historien de l’art, Jean Cassou s’inscrit dans la lignée des humanistes qui ont fait le renom de la France. Il est né le 9 juillet 1897, à Deusto, près de Bilbao, d’un père béarnais et d’une mère andalouse. Quatre ans plus tard, sa famille s’installe à Saint-Quentin. Bien que la mort du père, en 1914, ait entraîné chez les siens une grande précarité d’existence, Cassou obtient son baccalauréat et prépare une licence d’espagnol à la Sorbonne.

Rédacteur stagiaire au ministère de l’Instruction publique, il se tourne de plus en plus vers la littérature, collabore aux Nouvelles littéraires et donne aux revues d’art des articles très remarqués. Son Greco paraît chez Rieder en 1931. La même année, il est nommé inspecteur général des Arts appliqués, puis, en 1933, inspecteur des Monuments historiques. Il est connu comme romancier (Les Harmonies viennoises, 1926; La Clef des songes, 1929; Les Inconnus dans la cave, 1933; Les Massacres de Paris, 1935).

Entré au cabinet de Jean Zay en juin 1936, il prend parti pour la république espagnole menacée par l’insurrection nationaliste du général Franco. Très attentif à la montée des forces hostiles à la démocratie, il coordonne, dès 1939, l’évacuation des œuvres d’art du patrimoine national et entre en résistance le 18 juin 1940. Relevé de ses fonctions par le gouvernement de Vichy, il gagne Toulouse et participe aux actions du réseau Bertaux. Arrêté le 12 décembre 1941, il écrit en prison 33 sonnets composés au secret, qu’éditeront les Éditions de Minuit clandestines. De 1942 à 1943, il subit une détention permanente, passant de camp en camp. Agressé par les Allemands, à Toulouse, en juin 1944, il échappe de justesse à la mort. De Gaulle le nomme alors Compagnon de la Libération.

Devenu conservateur en chef du futur Musée national d’art moderne, auquel il consacrera beaucoup de son énergie, il ne cesse pas pour autant de militer en faveur des idées de gauche. En 1949, cependant, il est, en dehors des surréalistes, un des premiers intellectuels à rompre avec le communisme. Il subit, de la part de beaucoup, qu’il traitait en amis, une campagne de presse calomnieuse. Il précisera ses opinions dans La Voie libre, qu’il publie avec Claude Aveline, Vercors et Martin-Chauffier. Il rencontre Tito, condamné par Staline, s’insurge, en 1958, contre le coup d’État du 13 mai, se déclare partisan de l’indépendance de l’Algérie… Bref, il illustre par avance le titre de ses futurs mémoires : Une vie pour la liberté (1981).

Au Musée national d’art moderne, il s’est acharné, jusqu’à la fin de son mandat, en 1965, à créer un ensemble mettant en lumière la surprise des créations, puis leur intégration aux idées, aux sensibilités d’une époque. Il a considérablement enrichi les collections en œuvres de Matisse, de Picasso, de Léger et de Brancusi.

Le 12 décembre 1964, il est élu à l’Académie royale de langue et de littérature françaises. En 1971, le Grand Prix national des Lettres couronne une œuvre qui a su s’imposer par sa qualité et son intelligence. Il meurt à Paris le 15 janvier 1986, trois ans après avoir reçu le Grand Prix de la Société des gens de lettres.

Jean Cassou n’a pas cessé de faire autorité dans le monde de l’esthétique et de la critique d’art avec des ouvrages comme Situation de l’art moderne (1950), Panorama des arts plastiques contemporains (1960), La Création des mondes (1971).

Le romancier a connu un succès mérité avec Le Bel Automne (1950), Le Livre de Lazare (1955), Le Temps d’aimer (1959), Le Voisinage des cavernes (1971). L’essayiste a donné toute la mesure de sa perspicacité dans Trois poètes : Rilke, Milosz, Machado (1954), La Mémoire courte (1953) et une autobiographie pleine de sensibilité et de générosité : Une vie pour la liberté (1981), essentielle pour la compréhension d’une époque. Hispanisant, il a traduit les Nouvelles exemplaires de Cervantes, ainsi que des poèmes de Lorca et de Machado.

Peut-être est-ce le poète qui marquera le plus dans les annales de la littérature. Dans la lignée de Max Jacob, de Milosz, d’Apollinaire parfois, Jean Cassou a perçu dans la poésie la réponse la plus pertinente aux appels de la vie. Ma poétique, écrit-il, est descendante, et son souci est de bien tomber. C’est-à-dire de trouver, pour leur arrivée sur terre, la meilleure forme sous laquelle les idées peuvent apparaître. Il leur faut se séculariser de la façon la plus saisissante. Le parti pris de la terre lui dicte une recherche du sens qu’il puise dans le quotidien, mais un quotidien qui recèlerait l’éternité : «L’élément et la créature/ s’aiment étrangement d’amour./ Ce qui se prolonge et qui dure/ S’éprend de la danse des jours.»

La poésie n’est pas chez Jean Cassou au service des idées car elle est l’émanation du vivant et de ses espérances, ainsi qu’il le dit dans un de ses sonnets rédigés en prison : «Les poètes, un jour reviendront sur la terre(…)/ Et ils reconnaîtront, sous des masques de folles/ à travers Carnaval, dansant la farandole,/ leurs plus beaux vers enfin délivrés du sanglot/ qui les fit naître.»

Celui qui mit l’intelligence des êtres et des choses au centre de son œuvre avait toutes les raisons d’identifier poésie et lucidité : «L’histoire s’inscrit en faits, et dans la conscience de l’homme, de toi, de moi comme de l’espèce. L’homme renaît. La révolution vécue est – enfin! – une histoire vraie. Une conscience dominée par une telle lucidité ne peut être qu’exemplaire.»

Œuvres de Jean Cassou

Éloge de la Folie, 1925
Les Harmonies viennoises, roman, 1926
La Clef des songes, roman, 1928
Panorama de la littérature espagnole contemporaine, 1929
Les Nuits de Musset, essai, 1931
Grandeur et infamie de Tolstoï, essai, 1932
Les Inconnus dans la cave, roman, 1933
Les Massacres de Paris, roman, 1935
Pour la poésie, essai, 1935
Tempête sur l’Espagne, 1936
La Querelle du réalisme, 1936
Cervantes, 1936
Légion, 1939
Quarante-huit, essai, 1939
Trente-trois sonnets composés au secret, 1944
Le Centre du monde, roman, 1945
L’heure du choix (coll.), 1947
Le quarante-huitard,, 1948
Situation de l’Art Moderne, 1950
La Voie Libre, 1951
La Mémoire courte, essai, 1954
Panorama des Arts Plastiques contemporains, 1960
Parti pris, essai, 1961
Dernières pensées d’un amoureux, roman, 1962
Le Voisinage des cavernes, roman,, 1971
La Création des mondes, essai, 1971)
Une Vie pour la liberté, essai, 1981
La Rose et le vin
La folie d’Amadis

Les citations de Jean Cassou

« C’est un idéaliste: il n’a jamais aimé que le vin, l’amour et le tabac.»
[ Jean Cassou ] La Clef des songes

« Je me félicite d’avoir connu un siècle dont un des préceptes aura été: l’homme est quelque chose qui doit être avili.» [ Jean Cassou ]

« Il existe, dans l’étendue illimitée de l’avenir, des réponses qui ne répondent à aucune question .»
[ Jean Cassou ]

« Il n’y a que les pauvres qu’on puisse dépouiller.»
[ Jean Cassou ]

« Il y a quelque chose de faible et d’infini dans le coeur des vieilles gens à quoi l’on ne devrait jamais toucher, devant quoi l’on devrait trembler comme avant d’enseigner une religion à des enfants.»
[ Jean Cassou ]

« Les songes assidus qui par la main se tiennent-Et de tous mes parcours font un seul chemin noir …»
[ Jean Cassou ]

« Mort à toute fortune, à l’espoir, à l’espace,-Mais non point mort au temps qui poursuit sa moisson.»
[ Jean Cassou ]

La bibliographie de Jean Cassou

  La découverte du nouveau Monde
  de Jean Cassou
  [Histoire]
  Résumé du livre
  Christophe Colomb, Vasco de Gama, Vespucci :
ces noms évoquent pour nous des voyages fabuleux, aux limites de ce que fut, au XVe siècle, le monde connu.
En réunissant ces textes de grands voyageurs, Jean Cassou nous invite à redécouvrir l’Amérique avec des yeux neufs. Quatre siècles et demi plus tard, ces grands reportages gardent encore le parfum troublant de l’aventure.
Créée par Gérard Walter, la collection Le Mémorial des Siècles propose dans chacun de ses volumes une présentation générale du sujet par un auteur contemporain, et une sélection de documents d’époque : annales, chroniques, lettres, mémoires, etc.

  La mémoire courte
  de Jean Cassou
  [Essai]
  Résumé du livre
  Écrivain, poète, fondateur du musée d’Art moderne, et l’un des premiers résistants, Jean Cassou (1897-1986) publie en 1953 La Mémoire courte, alors que se pose en France la question de l’amnistie des collaborateurs et que le monde, plongé dans la guerre froide, semble n’avoir le choix qu’entre l’horreur de la dictature stalinienne et la frénésie anticommuniste nord-américaine.
Méditation dédiée à la mémoire de ses camarades tombés pour la liberté, mais aussi attaque violente contre la tentation de "la réconciliation dans l’aveuglement", ce texte tantôt virulent, tantôt teinté de mélancolie, entend rappeler que, pour ceux qui y engagèrent tout, jusqu’à leur vie, la Résistance fut avant tout "un fait moral, absolu, suspendu, pur."

  Trente-trois sonnets composés au secret / La rose et le vin / La folie d’Amadis
  de Jean Cassou
  [Poésie]
  Exrait du livre
  deux sonnets :

  I.
 
  La barque funéraire est, parmi les étoiles,
  longue comme le songe et glisse sans voilure,
  et le regard du voyageur horizontal
  s’étale, nénuphar, au fil de l’aventure.
 
  Cette nuit, vais-je enfin tenter le jeu royal,
  renverser dans mes bras le fleuve qui murmure,
  et me dresser, dans ce contour d’un linceul pâle,
  comme une tour qui croule aux bords des sépultures?
 
  L’opacité, déjà, où je passe frissonne,
  et comme si son nom était encor Personne,
  tout mon cadavre en moi tressaille sous ses liens.
 
  Je sens me parcourir et me ressusciter,
  de mon front magnétique à la proue de mes pieds,
  un cri silencieux, comme une âme de chien.

  XIV.
 
  Comme le sens caché d’une ronde enfantine,
  qui n’a rêvé d’entendre un jour sa propre voix
  et de voir son propre regard et de saisir le signe
  que fait en s’éloignant la ligne de nos pas?
 
  O mal aimée, le temps, cet imposteur insigne,
  nous volait notre temps et s’envolait, narquois,
  nous laissant un lambeau de sa chanson maligne
  pour nous bercer. Pourtant il me semblait parfois
 
  que cette vie n’était pas tout à fait la nôtre.
  Mais non, vois-tu, c’était bien elle et non une autre.
  La fille errante, aux mains brisées, venue s’asseoir,
 
  un soir de vent, au coin de la cheminée froide,
  mais regarde-la donc, regarde son regard
  terrible d’oiseau triste et d’étoile malade.

  LES INCONNUS DANS LA CAVE
  de Jean Cassou
  [Roman]
  Résumé du livre
  Ce roman est, je pense, assez obscur pour qu’on n’ait point la tentation d’y chercher des symboles. Et cependant, si les personnages qui le traversent étaient moins empêtrés dans la ténébreuse difficulté de vivre, s’ils rencontraient moins d’obstacles à leur expression, chacun d’eux pourrait représenter une attitude symbolique. Mais ils sont, justement, trop occupés, trop soumis au hasard ou même à leur propre détermination, pour se soucier de faire figure et de composer un ensemble allégorique aux yeux du lecteur. Chez certains, l’empêchement à s’exprimer est le fait de chimères et de fantômes : chez d’autres de la contrainte extérieure. J’ai une sympathie particulière pour ces derniers, obligés au travail, à ce travail qui est devenu aujourd’hui purement fonctionnel, une agitation stupide et stérile. Ceux-là éprouvent, plus que d’autres, le mal de vivre en un monde où l’action, non seulement n’est pas la soeur du rêve (ce dont on arriverait encore à se consoler), mais où elle est l’ennemie de tout ordre, de tout bonheur, de tout amour et de toute vie. Il y a aussi un chauffeur-philosophe qui tente encore une fois ce qu’on appelait, il y a quelques années, l’évasion. Mais son innocence et sa légèreté ne le gardent guère de la tristesse. C’est encore en se plongeant dans l’hostilité du monde qu’on parvient à s’en défendre le mieux. C’est à travers cette hostilité même, peut-être même finalement grâce à elle, c’est par le jeu de son refus et de son acceptation que l’on parvient, humblement, à apercevoir, qui tremble, pâle et incessante, au bout de la jeunesse agonisante, au bout du désespoir, la vie.

Jean Cassou

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Un commentaire pour Le jour par jour

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