Le jour par jour

1867   3 octobre   

Pierre Bonnard, peintre français.

   Pierre Bonnard ,
   né le 3 octobre 1867 à Fontenay-aux-Roses
   et décédé le 23 janvier 1947 Au Cannet,
   est un peintre, illustrateur
   et lithographe français.

Sa vie

BONNARD (1867-1947) est sans conteste un des plus importants peintres français de la première moitié du XXème siècle et pourtant il ne connaît pas l’importance que tous s’accordent à reconnaître à un BRAQUE, MATISSE et à fortiori un PICASSO.

La tentation est forte de ne voir en lui qu’un peintre solitaire, joyeux, éblouissant, mais sans importance décisive pour juger du cheminement progressif de l’art de notre temps. "Je ne suis d’aucune école, je cherche uniquement à faire quelque chose de personnel". Cette indépendance innée est pour lui essentielle à la réalisation de l’œuvre tant il semble n’avoir peint que pour le bonheur de peindre.

La manifestation présentée à l’espace BONNARD au Cannet, s’insère dans la série des expositions que la Ville soutient dans sa politique culturelle. Déjà en 1996, "Dessins inédits" avait fait l’objet d’une présentation d’une partie de l’œuvre de l’artiste. L’exposition comprendra environ une vingtaine d’œuvres toutes liées à sa période cannettane (1926-1947), au cours de laquelle BONNARD atteint une audace et un lyrisme surprenants. Il veut saisir l’espace dans sa globalité au travers de la sensation immédiate, restituée sur la toile par la forme et le dessin, mais surtout dans une merveilleuse palette où s’accordent et s’opposent les mauves, les lilas, les bleus les plus soutenus, les jeunes et les roses vifs, les verts profonds, les rouges et les orangés ardents.

BONNARD par son art d’allusion et du souvenir poétique, est donc un précieux, comme un MALLARME ou un PROUST. Farouchement indépendant, il a trouvé son propre chemin, en photographiant avec bonheur le quotidien.

C’est à COROT que font penser ses tous premiers paysages par l’harmonie des tons clairs et la délicatesse des valeurs. Puis très vite, dès 1890, il appartient au groupe des Nabis qui hante le milieu si brillant de la Revue Blanche. C’est auprès de VUILLARD, DENIS, VALLOTTON, ROUSSEL, que le jeune BONNARD malgré la relative exiguïté du choix des sujets traités par l’artiste. Portraits, scènes d’intérieur, scènes de rue, BONNARD, semble alors, en concentrant sa recherche sur quelques rares sujets, mettre toute son énergie sur les moyens picturaux à mettre en œuvre : il use d’une liberté spatiale en renonçant au rendu traditionnel de la profondeur et en optant pour une superposition de plans qui s’étagent selon le procédé des artistes nippons. Il crée des œuvres sans lien vis-à-vis du sujet et les soumet au principe décoratif.

La peinture de chevalet n’est pas tout. Comme tous ses amis nabis, il rêvait d’un art pénétrant tous les secteurs de la vie qui le mena à réaliser des paravents, vitraux, céramiques, projets de meubles. Mais surtout BONNARD fut le premier des nabis à s’intéresser à l’affiche. Depuis la première France-Champagne qui s’étalait sur les murs de Paris en mars 1891, jusqu’à celle pour les Ballets russes en 1914, BONNARD réalisa une quinzaine d’affiches. Mais bien d’autres projets restés dans ses cartons, permettent de mesurer l’étendue du champ d’investigation de BONNARD, tout à fait caractéristique du mouvement nabi et qui relève de l’art dit "moderne", celui du XXème siècle, contrairement à l’idée souvent émise d’une rupture entre la période nabi et le parcours ultérieur de l’œuvre.

Il traverse ensuite une période sombre durant laquelle il peint des intérieurs ou des scènes de rues nocturnes qu’il construit en bruns et noirs ; seule une lampe ou un visage éclaire l’ensemble. Un parcours parfois difficile puisque le doute le rongea durant la période la première guerre. Une crise d’autant plus forte qu’il était victime du climat intellectuel créé par le cubisme. Le risque était de se tourner vers le passé et de revenir purement et simplement aux reflets des Impressionnistes.

"Je me suis remis à l’école. J’ai voulu oublier tout ce que je savais, je cherche à apprendre ce que je ne sais pas. Je refais mes études depuis les principes, depuis l’a.b.c. et je me défie de moi-même, de tout ce qui m’avait tant passionné, de cette couleur qui vous affole…"

BONNARD se met définitivement en marge des principaux courants du modernisme pour ne vivre uniquement que sa passion périmée de la peinture. Il en résultera la synthèse éblouissante, caractéristique de son génie, entre le fondu de la lumière, les nuances infinies des tons chauds et des tons froids, et la trame interne d’une architecture complexe dont l’un des moyens est la perspective à plusieurs niveaux.

Les révolutions les plus profondes, enseigne NIETZSCHE, se font sur des pattes de colombes. BONNARD abolit toute hiérarchie, ouvre des possibilités inouïes en rythmant ses bandes abstraites de couleur, en organisant sa composition de manière afocale et centrifuge. – "pour commencer un tableau, disait-il, il faut qu’il y ait un vide au milieu" – en décalant vers les bords les figures et les objets, qui se brisent et s’enfuient mais dont nous percevons, au-delà de l’espace représenté, la partie invisible et son aura mystérieuse.

C’est la vision proche et mobile où l’œil s’identifie à ce qu’il dévoile ou suggère, dans le flux de la sensation ou de la mémoire. Parfois au contraire, dans la suite de ses Intérieurs, il cherche à suspendre le temps, "à montrer ce qu’on voit quand on pénètre soudain dans une pièce d’un seul coup". Il ne peut s’assujettir au châssis, au cadre fixé d’avance dont BRAQUE et MATISSE tirent encore l’incitation première. BONNARD a besoin pour peindre d’une surface fluide, disponible, orientable "je travaille toujours sur une toile libre, d’un format plus grand que la surface choisie pour peindre, ainsi je puis modifier.

Ce procédé m’est utile, surtout pour le paysage. Dans tout paysage il faut une certaine quantité de ciel et de terrain, d’eau et de verdure, un dosage des éléments que l’on ne peut pas toujours établir au départ". De même, dans son dessin, qui cueille à vif la sensation, la ligne se démultiplie pour n’enserrer jamais.

Biographie

Très tôt Bonnard montre un intérêt pour les lettres, le latin, le grec et la philosophie ainsi que pour le dessin et la couleur. En 1885, après avoir obtenu son baccalauréat, il entre en faculté de droit, selon les désirs de son père. Il obtient sa licence en 1888. Il va alors suivre les cours de l’Académie Julian et est admis à l’École des Beaux-Arts, où il rencontre Vuillard, de qui il se rapproche. Il découvre la peinture de Gauguin, Van Gogh, Degas, Monet, Cézanne…

Pierre Bonnard adhère au groupe artistique des Nabis. Celui-ci est composé entre autre d’Édouard Vuillard, Maurice Denis, Félix Vallotton, et est fortement influencé par les idées de Paul Gauguin, est également très marqué par la vogue du japonisme. Tout particulièrement marqué par cette dernière tendance, et la conception différente de la perspective et de l’espace que l’on retrouve dans le kakemono, Pierre Bonnard acquit alors le surnom de "Nabi japonard". Ce mouvement avait également pour caractéristiques l’exaltation de la couleur, la simplification de la forme et la sublimation du quotidien, auquel les Nabis confèrent un caractère atemporel.

En novembre 1889, Bonnard prête serment d’avocat. Dans l’année 1890 il se rend tous les jours au Parquet. Il y dessine les hommes de loi. Cette année là il doit effectuer une période militaire, il est soldat de 2e classe au 52e régiment d’Infanterie à Bourgouin. De là naitra sa toile L’Exercice, dans laquelle il manie des tons purs.

Les Nabis s’avèrent également novateurs dans le domaine des arts graphiques en réalisant des albums d’estampes et des livres illustrés. Pierre Bonnard fut le premier des nabis à s’intéresser à l’affiche. Rejetant au départ le modelé de la peinture traditionnelle en faveur d’aplats de couleurs franches, cernés par une ligne évocatrice et élégante qui vise à l’effet décoratif, il trouve progressivement une voie toute personnelle où il emploie pour peindre des sujets intimes, intérieurs, nus, fenêtres ouvertes sur le jardin, des effets impressionnistes servis par des palettes de couleurs légères et lumineuses, le tout soutenu par un sens très sûr de la composition et du dessin.

En 1891, il présente 5 tableaux en 4 panneaux décoratifs au Salon des Indépendants. Cette même année, il exécute une commande pour France-Champagne et abandonne du même coup sa carrière juridique. Il fait alors la connaissance de Toulouse-Lautrec, avec qui il se lie d’amitié. Il se retrouve en concurrence pour un projet pour le Moulin Rouge, Lautrec l’emporte.

Au Salon des Indépendants de 1892, Bonnard présente Le Corsage à carreaux et La partie de croquet.

En 1893, il rencontre Marthe qui deviendra son modèle. La même année est publiée Scène de famille, l’une des premières lithographie de Bonnard dans la revue L’Estampe. Après cela il fera d’autres lithographies pour la Revue Blanche, comme Parisiennes et La Femme au parapluie.

En 1897, Bonnard illustre de 18 dessins au pinceau un roman du Danois Peter Nansen, Marie, parue dans la Revue Blanche. Il est alors remarqué par Ambroise Vollard et fera sur sa demande, 109 lithographies pour un ouvrage de poésies libres de Verlaine, Parallèlement. Il renouvellera l’expérience, toujours sur la demande de Vollard, pour Daphnis et Chloé.

Dans le début des années 1900, Bonnard voyage beaucoup à l’étranger. D’abord à Venise et à Milan en 1899, avec Roussel et Vuillard, puis en Espagne en 1901, Séville, Grenade, Tolède, Madrid. Entre 1905 et 1906, il entreprend une croisière en Belgique et en Hollande.

En 1909, Choc du Midi. Bonnard découvre les couleurs du Midi : "J’ai eu, dit-il, un coup des mille et une nuits. La mer, les murs jaunes, les reflets aussi colorés que les lumières"

En 1912, il achète une maison à Vernornet dans l’Eure "Ma Roulotte"

En 1924, Rétrospective de son œuvre à la Galerie Druet à Paris

Il achète en 1926 la Villa Le Bosquet au Cannet, dans laquelle il se retira pendant la guerre en 1939.

Il traverse ensuite une période sombre durant laquelle il peint des intérieurs et des scènes de rues nocturnes.

Son unique compagne Marthe meurt en 1942.

Il repose au cimetière Notre Dame des Anges

Les anecdotes sur Pierre Bonnard

Coquine…
A 24 ans, Pierre Bonnard rencontre la femme de sa vie, Maria Boursin, qui lui dit s’appeler Marthe de Méligny. Elle restera toujours pour lui Marthe, son modèle favori et l’amour de sa vie. Elle a d’ailleurs laissé Bonnard faire une incursion picturale dans la salle de bains, chose extrêmement rare pour l’époque.

Jusqu’au boutiste
Bonnard est un peintre acharné et perfectionniste, il peut travailler pendant des années sur une oeuvre, allant même jusqu’à reprendre une toile dans un musée, trompant la vigilance des gardiens ! On dit d’ailleurs qu’il se fit apporter sur son lit de mort un tableau représentant l’amandier en fleur pour transformer un petit coin de vert en jaune !

Ses citations

«Oeuvre d’art : un arrêt du temps.»
[ Pierre Bonnard ] – Extrait des Carnets

«Il ne s’agit pas de peindre la vie, mais de rendre vivante la peinture.»
[ Pierre Bonnard ]
«La peinture doit revenir à son but premier, l’examen de la vie intérieure des êtres humains.»
[ Pierre Bonnard ] – Cité dans Art Game book

Les livres à propos de Pierre Bonnard

Bonnard Sculpteur
d’Anne Pingeot
[Beaux-Arts]
Résumé du livre
Au XIXe siècle, des peintres comme Daumier, Degas, Gauguin, Matisse ont bouleversé la sculpture. Faut-il ajouter Pierre Bonnard ? Après avoir modelé des marionnettes pour Ubu Roi d’Alfred Jarry, Bonnard répond au souhait du célèbre marchand d’art Ambroise Vollard qui demande à des artistes de s’exprimer dans une technique qu’ils ne connaissent pas pour provoquer leur génie. L’étude des sculptures de Bonnard s’est transformée en quête. Après la mort de Vollard et pendant l’interminable procès de succession de Bonnard, rien n’a suivi un cours régulier. Les modèles de l’artiste sont dérobés et leur édition en bronze réalisée clandestinement. La misère de l’après-guerre, et particulièrement celle des sculpteurs, peut expliquer ces rebondissements.

Bonnard, peintre de l’intime
de Sandrine Malinaud
[Beaux-Arts]
Résumé du livre
Rien ne prédestinait Pierre Bonnard à la peinture. Pourtant, dès ses premières oeuvres, il est l’un des piliers du mouvement nabi, participant intensément au ‘bouillonnement’ des arts dans les années 1890. Et, en cinquante ans de carrière, il va mettre en place un langage pictural audacieux, recréant sur la toile un monde unique. Incandescent. Pierre Bonnard, peintre de l’intime retrace la vie et l’oeuvre de l’artiste, si intimement liées, et invite à découvrir ses dons exceptionnels de coloriste à travers ses paysages d’étés aveuglants, ses salles de bains au miroir, ses nus baignant dans l’eau bleutée… Des moments de bonheur simple, de purs instants de grâce.

Pierre Bonnard (1867-1947)

[Arts - Peinture & Arts graphiques]
Exposition
Présentation
L’exposition se veut une relecture de l’oeuvre de Pierre Bonnard comme figure d’une conception ‘moderne’ de la peinture menant jusqu’aux frontières de l’abstraction, à travers une sélection précise de quelque 90 peintures, ainsi qu’un ensemble de photographies et de dessins.

La critique
L’exposition suit un parcours assez chronologique. Préambule à la visite, les grands panneaux de la période nabie du peintre (notamment ‘Le Peignoir’, 1892, ou ‘L’Homme et la femme’, 1900) ouvrent l’exposition. Les commandes du collectionneur russe Morozov (1911-1912) sont à ce sujet emblématiques de cet art de salon. Puis viennent les peintures aux tailles plus humaines. Et c’est là, dès les premières années de sa peinture, que s’impose chez Bonnard la répétition du modèle féminin, Marthe, sa femme, figure obsessionnelle qui ne quittera jamais ses toiles. Il y a grossièrement deux époques dans son oeuvre. Une première qui s’étend des années 1890 aux années 1920, et la seconde de 1920 à la mort du peintre en 1947. Et visuellement, la césure est très nette entre ces deux périodes. Dans la première, les couleurs, chaudes, et la composition sont moins affirmées, le souci du peintre étant avant tout de fondre la figure avec le fond dans un souci décoratif. C’est le cas de ‘La Sieste’, 1900, ‘Le Cabinet de toilette au canapé rose’, 1908, de ‘Nu au gant bleu’, 1916. Et puis, à partir de 1920, le style s’impose dans des compositions tranchées, beaucoup plus radicales. C’est le cas de ‘Nu dans la baignoire’, 1925 ou ‘Nu dans le bain’, 1936-1938. Ce qu’il y a de dérangeant dans la peinture de Bonnard, c’est la répétition de ces scènes : Marthe, nue dans sa salle de bain. La femme du peintre devient une figure obsessionnelle, peinte dans des positions inconfortables, trop intimistes pour notre oeil de spectateur. Contrepoint à ces peintures un peu étouffantes, les autoportraits du peintre, s’étalant sur toute sa vie, sont assez beaux. Des paysages, quant à eux, closent avec finesse le parcours d’un peintre somme toute un peu dérangé. Boris Daireaux

La galerie

"Nu jaune (1934)" de Pierre Bonnard

"La sieste (1899)" de Pierre Bonnard

Portrait de l’artiste par lui-même gouache et crayon sur papier (1930)

Cette entrée a été publiée dans Arts et Littérature. Ajouter aux Favoris le permalien.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Twitter picture

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s